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est censé y siéger ? De facto nous sommes déjà maîtres de la Chine, pourquoi ne pas le devenir de jure ? Nous sommes bien assez forts pour pouvoir marcher jusqu’au bout dans la voie qui est ouverte.

L’année commerciale 1860-1861 est terminée (30 juin). On a exporté de Chine d’immenses quantités de soie et de thé. Tous les résultats des années précédentes sont dépassés. Les tableaux statistiques publiés à Hong-kong et Shang-haï donnent les chiffres suivans :


Soie Pour l’Angleterre 76,644 balles
Pour Marseille 8,468
Pour les États-Unis 1,973
Thé Pour l’Angleterre 90,066,160 livres
Pour les États-Unis 28,194,897 livres

L’année 1859-1860 avait donné les résultats suivans :


Soie Pour l’Angleterre 64,163 balles.
Pour Marseille 5,235
Pour les États-Unis 1,919
Thé Pour l’Angleterre 85,560,452 livres
Pour les États-Unis 31,720,827 livres

On devrait croire, d’après ces chiffres, que le commerce a prospéré ; mais il n’en est rien. Une espèce de fièvre a régné sur les marchés de Chine. Tout le monde a eu peur de ne pas pouvoir acheter assez, beaucoup de personnes ont acheté trop, et presque toutes à des prix qui ne laisseront point de profits.

La raison pour laquelle les soies et les thés n’arrivent plus sur les marchés de Canton et de Shang-haï comme par le passé est la présence des rebelles dans les provinces du Ché-kiang et du Kiang-su. Ils interceptent tous les envois à tel point que ce sont à présent les étrangers qui vont chercher les soies dans l’intérieur de la Chine, au lieu d’attendre qu’on les leur apporte dans leurs magasins. Cette manière de procéder a quelques légers avantages et de sérieux inconvéniens ; elle permet au marchand étranger d’acheter quelquefois à de bas prix, mais elle l’expose à des risques assez graves. Jadis la soie était en sûreté du moment où elle était achetée ; le marchand ne la payait qu’après l’avoir reçue à Shang-haï ou Canton, où il pouvait la garantir contre les voleurs et l’assurer contre l’incendie. Aujourd’hui il n’en est plus ainsi : on achète bien encore certaines quantités de soie dans les ports mêmes, mais presque tous les marchands sont obligés d’envoyer des agens dans l’intérieur pour y compléter leur stock. Or la soie est un article fort cher ; pour l’acheter, il faut emporter beaucoup d’argent, et dans l’intérieur de la Chine on rencontre partout des hordes de voleurs et de brigands. Les Européens et Américains qui escortent les convois de soie sont ordinairement des hommes intrépides, et qui, armés jusqu’aux dents, ne s’effraient point de quelques pillards isolés ; mais que peuvent-ils faire lorsqu’ils sont attaqués par des hordes de plusieurs centaines, de plusieurs milliers d’hommes ? L’autre jour, les bateaux d’une grande maison de commerce de Shang-haï ont été attaqués et pillés. Les voleurs ont fait une bonne affaire ; ils ont trouvé 100,000 taëls, c’est-à-dire 800,000 francs. Quelques jours plus tard, un autre convoi a été surpris ; les voleurs (c’étaient cette fois des rebelles)