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des médicamens, jusqu’à ce qu’il m’arrive quelquefois de m’endormir par l’excès de la fatigue et d’être épuisé au point d’en perdre la parole. »

Tant d’occupations, de devoirs et d’affaires n’empêchèrent pas Maïmonide de se recueillir et de travailler à la composition de ses nombreux ouvrages. Il y en a de trois sortes : d’abord des traités de médecine, puis des écrits purement théologiques, parmi lesquels le plus estimé est la Mischné-Torah, abrégé du Talmud, enfin des traités où la philosophie et la théologie se combinent, et c’est dans cette classe que brille au premier rang le Guide des Égarés, principal titre de l’auteur à l’attention de l’histoire et à l’estime de la postérité ; mais on n’est pas impunément théologien philosophe, même quand on est favori du sultan. Maïmonide fut inquiété pour la liberté et la hardiesse de ses opinions. Un théologien musulman, nommé Aboul-Arab ben-Moïscha, l’attaqua sous prétexte qu’il était retourné au judaïsme après s’être fait musulman. Le voilà convaincu d’être un hérétique relaps, comme aurait dit un juge de notre inquisition. Maïmonide eut besoin, pour parer le coup, de toute la faveur du sultan et de l’adroite intercession de son ministre, le kadhi Al-Fâdhel. Plus tard, un des disciples qu’il avait formés au Caire ayant soutenu à Damas que la résurrection des morts n’est qu’un symbole, un orage éclata dans la synagogue, et, pour ne pas être excommunié par les siens, Maïmonide fut obligé de capituler sur ce point, sauf à revenir à sa doctrine par un détour subtil ; mais ce fut après sa mort, arrivée en 1204, que, n’étant plus contenue par la haute position de Maïmonide à la cour, la colère des orthodoxes en Israël parut dans toute sa violence. Un rabbin de Tolède, Méir ben-Todros-Halevy, déclara que le Moré Neboukhim, sous prétexte de fortifier les racines de la religion, en coupait toutes les branches. De nombreuses communautés, entre autres celles de la Provence et du Languedoc, prononcèrent contre les écrits philosophiques de Maïmonide l’anathème et la peine du feu. D’un autre côté, plusieurs communautés se levèrent pour le défendre. On s’excommunia réciproquement, on ne se fit pas faute d’en appeler au bras séculier. Ce fut un véritable schisme qui s’étendit peu à peu à toutes les synagogues pendant tout un siècle. Au milieu de ces tempêtes, la gloire de Maïmonide a surnagé. Le temps, en calmant les passions et en dissipant les fumées du combat, a fait de plus en plus paraître les véritables traits de cette calme et haute physionomie : science, mesure, étendue. Peu à peu ces dons supérieurs ont exercé leur influence insinuante et victorieuse, d’abord sur les Juifs, bientôt sur les musulmans, et jusque sur les chrétiens. Les théologiens coptes traduisent les écrits de Maïmonide ; les grands docteurs chrétiens