Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 38.djvu/306

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il s’agit de 50 millions (1,954,840 livres sterling), somme égale à la moitié environ de ce que nos lois de finance appellent le service départemental, pour une population un peu moindre que la moitié de la population française.

Voilà le comté anglais : on vient de l’exhiber, tel qu’il existe et se gouverne, avec ses finances, ses fonctions, ses organes. Il me semble que, cette description faite, on n’a plus rien à décrire ici en fait de pouvoirs locaux ; on ne voit pas du moins ce qu’on pourrait offrir de mieux au lecteur. Songez donc que nous venons de considérer le plus grand des pouvoirs locaux dans la plus considérable des trois régions qui composent le royaume-uni, cette étude ayant été prise sur l’Angleterre et le pays de Galles. Vous trouvez là les deux tiers de la population britannique, les quatre cinquièmes de la richesse britannique ! Et ce petit pays a dans ses origines la même supériorité, la même hégémonie : il apparaît dans l’histoire comme le noyau, le fond triomphant, qui a eu la vertu d’attirer à lui tout le reste, où ni conquêtes ni révolutions n’ont altéré depuis huit cents ans la tradition nationale. Or, dans ce pays ainsi fait et que vous pouvez prendre pour la Grande-Bretagne tout entière, qu’apercevez-vous d’autorités locales ? Le comté, où tient presque toute la population. Et dans le comté ? Le juge de paix, où se concentrent tous les pouvoirs, dés pouvoirs quasi-souverains. Et dans le juge de paix ? L’aristocratie… N’allez pas plus loin, vous tenez la Grande-Bretagne : vous la tenez par son âme. Il n’y en a qu’une du haut en bas de ce pays, tant pour les localités que pour l’état : par où vous voyez tout d’abord que le régime local n’y sera jamais un égoïsme local, jamais un obstacle aux lois et à la politique générale, et que vous pouvez pratiquer hardiment le même régime, si vous pouvez y mettre le même souffle.

Je serais d’avis pour ma part de laisser de côté l’Irlande, l’Ecosse, la métropole, les bourgs, les paroisses, des détails qui ne sont bons qu’à troubler l’esprit et les conclusions du lecteur, où d’ailleurs pour ce qu’ils apportent de données ils ont à peine le droit d’entrer. Qu’est-ce, en effet, que l’Irlande ? Un pays vaincu et catholique. Ne croyez pas que les vainqueurs vont y laisser de l’indépendance locale, encore moins que les vaincus se laisseront gouverner localement par l’aristocratie protestante ; leur bon plaisir serait plutôt de l’incendier et de l’assassiner. Qu’est-ce que l’Ecosse ? Un pays annexé, longtemps rebelle, où le régime féodal a duré trop longtemps, et pour cette imprudence a péri tout entier : a priori vous pouvez compter en ces deux pays sur d’assez belles applications de pouvoir central.

Je voudrais qu’il me fût permis d’éliminer franchement ces dépendances