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laient les devoirs de sa fonction. Le premier de ces devoirs était de ne point intervenir dans les discussions, d’y assister de haut, afin d’y maintenir l’ordre, mais de n’exprimer aucune opinion personnelle, ou tout au moins, si le président croyait avoir à dire son avis, il était tenu de quitter le fauteuil et de monter à la tribune, se soumettant ainsi, comme un orateur ordinaire, au contrôle de ses collègues et du vice-président qui le suppléait. En Angleterre, où même, sous notre présent régime, d’illustres autorités ne dédaignent point d’aller chercher des enseignemens et des modèles, le président de la chambre des communes ne sort jamais de sa neutralité silencieuse. Nous ne savons par quelle inconséquence bizarre le président de la chambre des communes s’appelle l’orateur, le speaker, lui qui jamais ne parle. Cette dénomination conviendrait mieux assurément à la présidence du corps législatif telle qu’elle est comprise et pratiquée par l’honorable M. de Morny. Voilà pour le coup un président-orateur, un président qui ne ferait pas mentir le titre de speaker, s’il en était orné. M. de Morny est toujours prêt à se mêler au débat, et non-seulement il parle, mais il professe. Il rappelle à la pensée ces hommes du monde et ces femmes de la société qui, poussés par la mode ou par une religieuse philanthropie, quittent le badinage des salons pour aller distribuer l’enseignement dans quelque rustique école du dimanche. Il unit l’urbanité à l’autorité magistrale, et sait broder d’élégance la pédagogie politique. Il n’a pas manqué l’occasion, que lui offrait la clôture des débats de l’adresse, de donner une leçon de sa façon à ses «jeunes élèves» de la chambre. Nous aurons la franchise d’avouer que cette leçon a été bien incomplète, et que cet épisode de notre vie parlementaire devrait être un enseignement pour d’autres encore que nos députés bénévoles. M. de Morny pense que la chambre fera bien à l’avenir de renoncer à l’oiseux préliminaire de la discussion générale; il exhorte les députés à parler désormais avec élévation et modération. Les deux avis sont excellens, et nous nous y associons de grand cœur; mais est-ce là tout ce que nous enseigne l’expérience des discussions de l’adresse? Quant à nous, le premier fait dont nous soyons frappés est celui-ci : il y a deux mois que la session est ouverte, et aucune vraie besogne parlementaire n’est faite encore. C’est à peine si nous sommes en mesure d’aborder la nomination de la commission du budget. Voilà donc, dans une année où les plus graves questions de politique intérieure sont posées par le budget, un tiers de la session consumé sans que ces questions aient été encore approchées. Il est impossible d’avoir une démonstration plus péremptoire de l’inconvénient pratique de cette adresse qui nous a été accordée, suivant M. de Morny, ou restituée, suivant l’interprétation plus fière de nos rares députés de la gauche, qui ne font en cela que reproduire le terme caractéristique dont s’était servie dans son rapport la commission chargée d’examiner le projet de dotation du comte de Palikao.

Sous quelque nom que nous vienne l’extension légitime et nécessaire de nos libertés, que la liberté nous soit octroyée ou rendue, nous ne chicane-