Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 39.djvu/823

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Les Arabes empruntent de leur côté à l’Asie ses traditions pour les répandre jusqu’en Europe. L’Espagne mauresque transmet les procédés nouveaux ou perfectionnés par eux à l’Italie, à la France méridionale, à l’Europe enfin, et ce sont ces procédés qui, trop sou-r vent altérés, arrivent jusqu’à nous ; mais à la fin du XIIIe siècle on connaissait déjà quelques spécimens de cette merveilleuse poterie chinoise dont la pâte, tenant à la fois de l’argile et du verre, réunit à toutes les qualités de la faïence celles beaucoup plus grandes d’une véritable vitrification. Placée à l’autre extrémité du monde et sans rapport avec notre hémisphère, la Chine avait trouvé, dès les premières années de l’ère chrétienne ce kaolin qui n’est autre chose que des cristaux de feldspath encastrés dans le granit et dont la décomposition, par l’action du temps, donne une terre blanche plus ou moins mélangée que le feu convertit en porcelaine. La blancheur, la finesse et la solidité de cette pâte, la possibilité de la décorer de couleurs plus variées, ont amené dans la céramique un progrès considérable trop longtemps ignoré des autres pays.

L’art céramique peut donc se diviser en deux branches principales : la faïence et la porcelaine, la première se prêtant aisément à la grande décoration et ayant atteint en Perse, des l’époque antique, le plus haut degré de splendeur ; la seconde Rappliquant à la fabrication des vases et des objets de moyenne dimension. De cette industrie de la porcelaine, les Chinois sont à la fois les inventeurs, les maîtres et les seuls représentans jusqu’à la fondation toute nouvelle de nos fabriques d’Europe.


II

La manufacture de Sèvres est une des gloires de l’industrie française : elle a porté autrefois jusqu’en Chine quelques-uns de ses produits, précieusement conservés comme des objets d’art dans les palais impériaux ; mais ce qu’elle savait fabriquer alors, elle ne le sait plus aujourd’hui. Méconnaissant les vrais principes, elle a voulu, par trop d’ambition, par trop de foi peut-être dans les ressources de la science et sans but déterminé, se jeter dans une voie qui n’est point la sienne et qui aboutit forcément à une impasse. En céramique, il faut avant tout se préoccuper de la forme, qui revendique à bon droit plus de la moitié du mérite d’un vase quelconque. En effet, la forme du vase en est le principe, l’architecture, tout comme dans une maison la structure doit décider de la beauté avant que le décor ait rien à y voir. Si l’ornementation domine la forme, si la peinture trouble et détruit l’élégance des lignes, l’art céramique est méconnu, et ne tarde pas à décroître et à se perdre. L’importance