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la nation, et que même elle l’exerçait ! On comprendrait à moitié moins les saines conditions du pouvoir exécutif, et que les juges n’ont rien à y voir sous couleur de procès.

On voit là un de ces cas où certaines conclusions sont inévitables, s’offrant et sortant de toutes parts. La France s’acheminait de longue date vers celles qui prévalurent à cette époque pour ériger l’état en personnage prépondérant et l’intérêt public en loi supérieure. On ne peut traiter légèrement les solutions ou plutôt les mœurs qui vinrent de si loin se faire consacrer en 89. Peut-on même les regretter ? peut-on croire que l’individu y soit purement oublié et maltraité ? Cela n’est guère admissible. Ce n’est pas qu’on n’ait vu des nations sacrifiées à des castes ou à des dynasties réputées propriétaires d’un pays ; mais cela ne se voit plus : un holocauste permanent du citoyen, de l’individu, quand il s’agit de choses qui n’intéressent pas les dynasties, ou quand les dynasties sont devenues des gérances nationales, cela est sans exemple. Le fait est que l’individu est la substance sociale, et qu’il est la fin de toutes choses, liberté ou règlement, dans une société qui s’appartient. Nos lois actuelles en font foi : il convient de remarquer non-seulement leur pénétration universelle, leur ubiquité pour ainsi dire, mais leur qualité intrinsèque, leur inspiration. L’œuvre de police, privée ou publique, en est la moindre partie : le bienfait y domine. Il ne s’agit pas seulement d’empêcher le mal, mais de faire le bien. Voyez un peu ce commerce : en même temps que le législateur impose plus de contraintes et de sacrifices aux individus, ceux-ci obtiennent plus de bien-être et de protections. J’en veux citer un exemple : la voie publique est semée en France des règlemens les plus détaillés pour tout ce qui en regarde l’entretien et la conservation ; mais l’usage de cette voie est gratuit, tandis que de l’autre côté du détroit il est hérissé de péages perçus par les compagnies qui ont fait la route à leurs frais. En France, c’est l’impôt qui l’a construite, l’impôt général, et cela est vrai non-seulement pour les routes générales, mais jusqu’à un certain point pour les routes locales, auxquelles concourt ce que nos lois de finances appellent le fonds commun : « une sorte d’assistance fraternelle, disait naguère un ministre de l’intérieur, que les départemens se fournissent entre eux ; une bourse commune, par laquelle le département le plus riche vient au secours du département le plus pauvre. » Et ce secours n’est pas peu de chose, car, sur une dépense de 31 millions consacrés aux dépenses ordinaires des départemens, ce fonds commun figure pour 12 millions. L’heureuse définition qu’on vient de voir se trouve dans une circulaire ministérielle du 22 août 1849. Ne vous arrêtez pas toutefois à cette date, n’y soupçonnez pas une influence des temps. Ce communisme est une prose dont l’usage est immémorial parmi nous ; en 1848, nous l’avons reconnu et appelé