Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 40.djvu/901

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par son nom, voilà tout. Quand on plonge dans nos documens officiels, dans nos blue-books, on sort de cette étude tout pénétré de la conviction que nous sommes le plus communiste des peuples.

Nous disions tout à l’heure que la route est en France affaire et dépense d’état. Il en est de même de l’église, de l’école, de la justice, toutes choses qui constituent ailleurs ou qui constituaient autrefois parmi nous une dépense pour le croyant, le plaideur, le père de famille, une industrie et un métier pour le prêtre, le juge, l’instituteur. Il n’y a pas de société pareille à la nôtre pour défrayer l’individu, pour s’imposer comme siennes tant de charges considérées ailleurs comme des charges privées. Si l’on tient à discerner ce qu’il y a au fond de ces pratiques, on ne peut se défendre d’y voir ceci : que chacun paie l’impôt selon ses facultés, et dans certains cas en profite selon ses besoins. Or ceci n’est autre chose que le communisme, dont le trait saillant est la considération unique des besoins comme base des droits, ou du moins la prééminence donnée aux besoins sur les œuvres et sur les mérites. Voilà ce qu’on démêle en rapprochant les règles bien connues qui concernent l’assiette de l’impôt des règles moins remarquées qui déterminent l’emploi de ce même impôt.

Mais l’élément communiste que nous venons de constater en certaines applications de détail est visible dans les œuvres les plus considérables et les plus suivies. Par exemple, qu’est-ce que notre régime financier, si ce n’est un régime centralisé ? Et en fait de finance qu’est-ce que centralisation, si ce n’est communisme ? Jugez-en plutôt. C’a été depuis soixante ans l’effort constant de nos financiers de créer, pour tout ce qui compose la fortune publique, non-seulement la publicité des recettes et des dépenses, mais encore l’uniformité d’administration et l’unité de caisse. De là une série de lois où se poursuit et se développe cette pensée. Les unes prescrivent l’annexion au budget de l’état des budgets particuliers de la Légion d’honneur, de l’université, etc. ; les autres, non contentes de cette annexion, c’est-à-dire de cette publicité, soumettent les budgets de ces établissemens à toutes les règles qui concernent les crédits supplémentaires et le règlement définitif de chaque budget, ne s’en tiennent pas à ces fins de publicité et d’uniformité, mais transportent à l’état la fortune particulière des mêmes établissemens, et les font passer du régime de services dotés au régime de services crédités. Ainsi furent traités les invalides de la guerre, la caisse du sceau, la chambre des pairs, la caisse de vétérance, etc. Ces divers établissemens virent, d’une part, leurs rentes annulées, les droits et les produits divers qui se percevaient à leur profit comptés en recette par le trésor, de l’autre des crédits portés au budget pour l’exécution