Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 40.djvu/915

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bas surtout celle qui semble la plus coupable en tout ceci, la centralisation, et répandre la souveraineté à travers le pays, parmi des localités et des corps dont chacun en aura sa part ; il faut enfin créer une organisation de pouvoirs parfaitement dissemblable de celle qui nous a surchargés de règlemens et qui nous a énervés par cet excès, par cette surabondance. Toutefois, avant d’en venir là, ce qui est un grand parti, sachons bien ce que nous sommes, au plus profond de nous-mêmes, comme race et comme nation, dans les vices et dans les qualités qui nous constituent. Quand nous aurons reconnu en son gîte et en son essence le naturel français, nous saurons peut-être quelles sont les choses dans notre destinée qui proviennent de ce fond, qui ne peuvent être imputées à la violence ou au caprice, et qui ont le droit de persister.

L’inconvénient de cette étude, répandue à travers un champ d’observations immense et variable, où abondent les anomalies, où la règle et l’accident ne sont pas faciles à démêler, c’est le vague, l’arbitraire. Rien de hasardeux en de telles données comme une proposition générale. Les époques se contredisent, et non-seulement les époques, mais les classes, mais le nord et le midi, sans parler de tant d’autres diversités qui se disputent un peuple, un grand peuple surtout, largement étalé dans le temps et dans l’espace. Est-ce à dire que l’on soit réduit en cette recherche à de pures allégations, sans preuve possible, et que notre unique ressource soit d’interpeller les souvenirs et la conscience de chacun, qui répondront capricieusement tantôt oui, tantôt non ? Je ne le pense pas. Les qualités fondamentales d’une nation, si profonde qu’en soit la source, si confus qu’en soit le développement, paraissent dans ses mœurs et dans son histoire. Ces qualités ont leurs produits distincts, reconnaissables à ce signe que les institutions n’y sont pour rien et qu’ils éclatent en des choses impénétrables au législateur, auxquelles les gouvernemens n’ont pas touché, n’ont pas même songé.

Regardez donc la France avec ses deux traits, ses deux organes pour ainsi dire : universalité de la langue, contagion de l’idée ! Vous ne direz pas que ce sont les gouvernemens qui construisent de telles grammaires, qui allument un tel prosélytisme. Nous sommes donc en droit d’interroger ces faits, d’en chercher le principe, qui ne peut être que l’esprit même de la France, pour appliquer ce principe, une fois découvert, au problème qui nous arrête.

Or ce qui fait une langue universelle, c’est une nation sociable. Une langue ne parvient à cette fortune que pour s’y être préparée par un certain commerce des classes, des partis, des sectes, des écoles, cultivant un lien, conservant un attrait dans leur diversité même, et créant sous cette influence un instrument d’échange intellectuel une monnaie d’esprit propre à tous les usages et à tous