Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 41.djvu/890

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plus grande a environ trente pieds dans sa longueur et huit de profondeur; l’eau, claire et froide, reflète la voûte, revêtue d’un enduit épais verdi par l’humidité. Au-dessus du rocher troué qui forme l’entrée, des lycopodes ont suspendu leurs minces rameaux et leurs feuilles découpées, que la lumière rend transparentes. Ces réservoirs, alimentés par les sources venues de la montagne, constituent une réelle fortune pour celui qui les possède, car il ne manque jamais d’eau, et peut largement arroser les arbres qu’il cultive. Aussi les orangers et les citronniers sont merveilleux, amples, touffus, chargés de fruits dont les teintes éclatantes brillent à travers le feuillage sombre et luisant; les néfliers du Japon sont grands comme des arbres, et la vigne grimpe le long des murs avec une vigueur sans pareille.

Dans toute l’île de Capri, la culture est extrêmement soignée; ainsi que je l’ai déjà dit, la terre y est rare, on la surveille avec jalousie, on la dispute au rocher, on l’étaie de murs, on l’arrête à chaque pas sur sa pente naturelle par des terrasses factices, on l’abrite contre le soleil par l’ombre des arbres, on la garantit du vent par des murailles; aussi elle n’est pas ingrate, elle donne le plus qu’elle peut, et ses produits sont tous de qualité exquise. Les céréales sont parfaites; mais aussi avec quelles précautions on les cultive ! On ne sème pas le blé; dans ce pays, exposé à tous les vents, ce serait risquer la semence; le blé est piqué grain à grain, admirable méthode qui donne un rendement considérable, mais qui a contre elle sa lenteur forcée. Les citrons, les oranges y viennent en abondance; cependant la récolte de l’année dernière n’ayant point été bonne, les oranges coûtaient relativement cher et se vendaient 6 grains (à peu près 22 centimes) le kilogramme. Les oliviers, qui sont nombreux, donnent une huile très riche qui est même spécialement recherchée pour la table; les mûriers sont suffisans pour nourrir un assez grand nombre de vers à soie ; les propriétaires de jardins en utilisent la feuille pour alimenter trois ou quatre corbeilles de bombyx dont on va vendre les cocons à Naples. Dans l’île entière, il n’existe pas une seule magnanerie; l’élève des vers à soie ne serait donc qu’une sorte de distraction, si l’extrême pauvreté du pays ne tirait encore quelques ressources d’un si mince produit. Les ligues blanches de Capri sont presque aussi célèbres que les figues de Smyrne; mais la vraie production de l’île est la vigne, qui fournit un vin rouge et un vin blanc renommés parmi les crus italiens. Le vin rouge, légèrement sucré, développe un faible goût de framboise qui n’est pas désagréable; quant au vin blanc, plus sec et même quelque peu aigrelet, il a un goût de violette si accusé que les frelateurs napolitains l’imitent facilement en faisant infuser des racines d’iris dans un vin blanc quelconque. Une bouteille de vin blanc de Capri, qui se vend