Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 42.djvu/318

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


des Annamites avec la ville chinoise étaient régulières. Les sapes de l’ennemi partaient comme des bras du grand corps de Ki-hoa, étouffaient la petite garnison alliée dans Saïgon, et la réduisaient à l’impuissance malgré l’immobilité que semblaient avoir adoptée ses adversaires.

Le camp annamite affectait une forme rectangulaire. Il comprenait cinq compartimens séparés les uns des autres par des traverses. L’enceinte était un épaulement en terre de 3 mètres 1/2 de haut, de 2 mètres d’épaisseur : elle était percée de meurtrières très rapprochées, dont la grande ouverture était tournée dans un sens contraire à celui des meurtrières européennes. Les défenses accessoires étaient accumulées sur toutes les faces, mais principalement sur le front et le derrière de l’ouvrage. Les rencontres de Touranne et l’attaque du mois d’avril donnaient une connaissance suffisante de ces obstacles. On savait que les tiges du bambou et les touffes épineuses de cet arbuste y étaient employées avec un art consommé : les tiges fournissaient des pieux pointus dans les trous de loup, des chevaux de frise, des barrières et des piquets ; les touffes couronnaient toute l’enceinte d’un buisson épais, dru et épineux.

La partie de la province de Gia-dinh qui entourait le camp des Annamites était un terrain ferme, solide, et, d’après les renseignemens qu’on recueillit, elle pouvait être parcourue par de l’artillerie de campagne. L’hivernage et les pluies qu’il amène ne devaient commencer qu’au mois d’avril. Quant aux influences du climat, on ne pouvait alors les bien apprécier : les hommes qui venaient de conserver Saïgon avaient passé par tant de fatigues, qu’il eût été difficile d’attribuer au climat de la Basse-Cochinchine la part qui lui revenait dans les maladies qui avaient éprouvé le corps expéditionnaire.

Les mœurs et le caractère des Annamites étaient alors fort peu connus : ceux qu’on voyait à Saïgon étaient grêles de corps et paraissaient appartenir à une race abâtardie ; mais on ne pouvait juger de la population cochinchinoise par la multitude vicieuse et cupide rassemblée à Saïgon. Il était plus juste de présumer le caractère des Annamites par la résistance qu’ils avaient fournie dans quelques rencontres, ils avaient montré, notamment au mois d’avril 1859, qu’ils pouvaient se défendre. On savait que leur gouvernement était résolu, patient et fort, qu’ils étaient façonnés à une obéissance aveugle, et qu’ils vénéraient sous le titre double de père et de mère un empereur, souverain despotique, prince ecclésiastique, revêtu d’un pouvoir sacré et décidé personnellement à soutenir la lutte jusqu’au bout.

Telle était la situation respective des Européens et des Annamites