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production directe, non-seulement des huiles d’olive, mais encore de plusieurs substances grasses employées dans la saponification et fournies par le travail agricole[1].

L’intérêt de l’agriculture dans les transformations des matières grasses en savons, en acides gras solides (stéarique, margarique) et liquide (oléique), n’est pas moins manifeste au double point de vue des débouchés offerts à ses produits bruts et des résidus applicables à la fertilisation du sol, sans compter l’utilité des moyens économiques de blanchissage du linge dans les campagnes. La fabrication des savons usuels représente une grande industrie citez les différens peuples civilisés ; si l’on compare entre eux les produits de ce genre qui caractérisent plus ou moins nettement chacune des industries locales, ou constate plusieurs faits curieux. L’antique savonnerie de Marseille, avec ses produits marbrés bleu pâle et bleu vif, à manteau blanc ou grisâtre, et ses savons en masse toute blanche, se présente en première ligue, avec les caractères distinctifs dus à l’emploi de l’huile d’olive unie en certaines proportions aux huiles d’arachide et de sésame. En tout cas, complètement saponifiés à l’aide de la soude artificielle, ils offrent, avec le cachet de nos manufacturiers en renom, les garanties désirables d’une composition bien définie, et surtout d’une proportion d’eau limitée par le procédé même de cette fabrication spéciale.

Parmi les produits analogues de toutes les nations, nous n’avions pu en rencontrer aucun qui réunit ces qualités et présentât les caractères distinctifs de la marbrure marseillaise, lorsqu’en coupant en deux transversalement une brique d’un savon grisâtre, salie par la poussière dans la caisse mal jointe que nous venions de faire ouvrir, nous y reconnûmes la marbrure bleuâtre interne, entourée de

  1. En consultant sur ce point les registres de la douane française, on reconnaît que la production des huiles d’olive, en y comprenant même celles de l’Algérie, aussi bien que des huiles tirées des graines oléagineuses ou des suifs et matières grasses fournis par les espèces bovine, ovine et porcin entretenues dans nos fermes, est loin de balancer la consommation de nos usines. Les importations destinées à combler le déficit se sont élevées en 1860 aux quantités suivantes :
    kilos
    Huile d’olive 19,673,000
    Huile de palme 3,978,712
    Huile de graines oléagineuses 13,508,199
    Quantité équivalente aux 98,190,000 kilos de graines importées 39,276,000
    Suifs et graisses de bœuf, mouton, porc, etc. 2,753,404
    79,189,315


    C’est environ 50 millions de kilos de matières grasses, ou une valeur dépassant 100 millions de francs, qui représentent l’importance du placement offert par notre commerce intérieur à l’agriculture nationale.