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de Londres étaient de nature à produire des émotions semblables, et l’industrie stéarique, en voyant naître des industries rivales, pouvait se croire menacée dans son développement. Aujourd’hui cependant de nombreux exemples ont prouvé que les inventions anciennes se perfectionnent et grandissent plutôt qu’elles ne souffrent au contact des inventions nouvelles. Qu’on se rappelle le moment où l’éclatante lumière du gaz sembla porter un défi victorieux à tous les autres modes d’éclairage. Les grandes exploitations agricoles qui croyaient une branche de leur production compromise poussèrent à cette époque un cri d’alarme en Angleterre comme en France. Le parlement reçut de nombreuses pétitions appuyées par des milliers de signatures, et qui signalaient l’emploi nouveau du gaz comme devant apporter une perturbation profonde dans les industries agricoles et manufacturières qui tiraient de l’ancien éclairage un revenu assuré. La production de la viande même, à en croire les alarmistes, était menacée par suite d’une énorme dépréciation dans la valeur des suifs, et la culture des plantes textiles et oléagineuses était gravement compromise, car ni le suif ni l’huile ne pourraient lutter contre le gaz. Toutes ces appréhensions, on le reconnut plus tard, étaient chimériques. La nouvelle source de lumière tirée des combustibles minéraux produits et consommés dans des proportions qui dépassaient les calculs les plus ambitieux n’a pourtant fait éliminer des transactions commerciales aucun des produits animaux ou végétaux pour lesquels on redoutait cette concurrence inattendue. Bien au contraire, la valeur de ces produits s’est augmentée depuis l’emploi de l’éclairage au gaz, et de plus récens progrès industriels ont même ouvert des débouchés inconnus naguère à des produits de la végétation intertropicale dont les cours se sont également relevés.