Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 43.djvu/126

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Ces résultats n’ont rien que de facilement explicable. Le nouveau mode d’éclairage créa dans le public des exigences nouvelles. On reconnut que les moyens usités jusqu’alors étaient insuffisans, on les perfectionna. Le mécanisme des lampes, la préparation des diverses substances propres à fournir de la lumière furent l’objet d’améliorations considérables et multipliées. Les cours commerciaux des huiles et des suifs se soutinrent donc, puis s’en relevèrent sur tous les marchés, et en Angleterre, quand les pétitions dont nous parlions plus haut furent soumises aux délibérations des chambres, la situation des industries qui s’étaient regardées comme compromises était redevenue si satisfaisante qu’il n’y avait plus lieu de donner suite à leurs réclamations !

En France, à Paris surtout, la marche des faits n’a pas été moins significative. Prenons pour exemple l’année 1861. La consommation annuelle du gaz s’est élevée alors, pour Paris seulement, à 84,271,483 mètres cubes, alimentant chaque soir 485,682 becs allumés pendant cinq heures en moyenne, et représentant une lumière plus grande que celle de 600,000 lampes Carcel brûlant chacune 42 grammes d’huile par heure. Malgré cet énorme accroissement de la lumière minérale, les matières grasses et. huileuses que fournit l’agriculture n’ont pas suffi à la consommation générale, et il a fallu ouvrir de larges débouchés aux huiles de palme, transformées chez nous par la distillation en acides gras cristallisables et en glycérine sirupeuse. L’huile de coco, tirée des îles de l’Océanie et des contrées équatoriales de l’Amérique, a également trouvé de nouvelles applications.

Si le gaz avait un moment paru devoir éloigner de la consommation les suifs et les huiles, ceux-ci, surtout depuis les derniers perfectionnemens, semblaient devoir supprimer la cire. Il n’en a rien été non plus. Tandis que l’industrie stéarique introduisait des bougies plus blanches et de moitié moins coûteuses dans les salons, dans les églises et même jusque dans la basilique de Saint-Pierre à Rome[1], nos ruches n’étaient point pour cela délaissées. Jamais au

  1. L’industrie stéarique ne se propagea point sans peine en Italie, d’abord installée sur les bords de l’Adriatique, elle pénétra peu à peu à Calci près de Pise, puis à Florence, Livourne, Turin et Milan. Aujourd’hui les usines de ces diverses localités livrent annuellement 2,500,000 kilos d’acides gras sous forme de bougies, d’acide oléique ou de savons. Le difficile n’était pas de produire de belles bougies, mais de les vendre. Le principal débouché manquait, car conformément aux prescriptions de la liturgie on ne devait brûler, que des bougies dépure cire dans les cérémonies religieuses si multipliées au-delà des Alpes ; Pour faire admettre leurs produits dans las offices du culte, les manufacturiers italiens durent entrer avec la cour de Rome ; dans des négociations où l’on voit échouer d’ordinaire les plus fins diplomates. Leur réussite fut complète, et la nouvelle industrie chimique put s’installer à Rome même, dont les produits stéariques obtenus dans la fabrique de MM. Muti, Papazzuri et Marquis se faisaient remarquer à l’exposition de Londres à coté du seul envoi de cire pure venu du territoire romain et fourni par l’usine de M. Castrati. Qui disait donc que rien ne peut changer dans la ville éternelle ?