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Murbach et de Lure, l’abbé de Neubourg, l’abbé de Marmoutier ; dans la noblesse, le prince de Broglie, fils du maréchal, le duc de Valentinois, prince héréditaire de Monaco ; dans le tiers-état, M. Chauffour, syndic de Colmar, M. de Cointoux, prêteur royal de Haguenau, M. Schwendt, syndic de la noblesse immédiate de la Basse-Alsace, M. de Dartein, prêteur royal de Schelestadt, Les procureurs syndics élus furent, pour les deux premiers ordres, le baron de Schauenbourg, chevalier d’honneur d’épée au conseil souverain ou parlement d’Alsace, et pour le tiers-état M. Hell, grand-bailli du Haut et Bas-Landser.

Le trait caractéristique de cette assemblée, c’est qu’il s’y trouvait plusieurs protestans qui siégèrent sans difficulté auprès des membres les plus élevés du clergé catholique. Un ajustement reproché à l’ancien régime les lois contre les protestans ; ces règlemens barbares n’étaient plus appliqués sous Louis XVI. Quelle plus grande preuve peut-on avoir de cette tolérance que la nomination de Necker au ministère, quoiqu’il fût protestant et même étranger ? Les protestans servaient depuis longtemps dans l’armée, si bien qu’un ordre spécial, l’ordre du mérite militaire, avait été créé pour eux en 1759, le serment imposé aux chevaliers de Saint-Louis étant incompatible avec leur foi. Un édit venait de leur rendre l’état civil, c’est-à-dire d’autoriser les curés, et à leur défaut les juges civils, à enregistrer légalement les naissances, les mariages et les décès, concession plus importante en droit qu’en fait, car la filiation des familles n’en était pas moins constatée, et les successions se réglaient sans trop d’embarras. Les protestans formant le tiers environ de la population de l’Alsace, et leurs droits ayant été réservés par des conventions particulières, il avait paru naturel et juste de les appeler à faire partie de l’assemblée provinciale. On peut citer parmi eux le baron de Falkenhayn, lieutenant-général des armées du roi, et le baron de Dietrich, célèbre minéralogiste, stettmeister ou maire de Strasbourg.

Quoique la langue allemande dominât encore dans la province, les procès-verbaux de l’assemblée sont en français. Dans ce pays de grande féodalité politique et religieuse, on ne dissimula point la nécessité de répartir plus également que par le passé les charges publiques. L’intendant de la province, M. de La Galaisière, s’exprimait ainsi dans son discours d’ouverture : « S’il n’est pas en votre pouvoir de diminuer la masse des contributions de la province, vous en rendrez le fardeau moins sensible en le répartissant avec plus d’égalité. L’opération que j’ai commencée pour établir cette égalité précieuse a eu un plein succès dans quelques bailliages où l’essai en a été fait ; peut-être croirez-vous devoir l’adopter, et ce qui me donne