Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 43.djvu/377

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


que toutes les places y seraient électives. Enfin, ce qui contribua surtout à rendre ces votes populaires dans toute la France, on décida que le Dauphiné ne séparerait jamais sa cause de celle des autres provinces, et qu’en soutenant ses droits particuliers il n’abandonner rait pas ceux de la nation.

Les très respectueuses représentations adressées au roi furent rédigées par Mounier. « Sire, y était-il dit, les limites qui séparent la monarchie du despotisme sont malheureusement faciles à franchir. Le despotisme s’établit quand le monarque emploie pour faire exécuter ses volontés particulières la force publique dont il n’a reçu le dépôt que pour faire exécuter les lois. La France entière rejette avec horreur les nouveaux édits, à l’exception de quelques hommes vils qui veulent établir leur fortune sur les ruines de la prospérité publique. La cour plénière ne se formera jamais ; les prélats, les premiers gentilshommes du royaume, les magistrats des cours souveraines, seront trop fidèles à l’honneur pour vouloir en être membres. Quel a donc été jusqu’ici le fruit des efforts et des intrigues des ministres ? Un petit nombre d’hommes méprisés, en prenant place dans les nouveaux tribunaux, n’ont fait qu’en compléter l’infamie. » Parmi les griefs allégués Contre les édits, il en était un qui paraîtra aujourd’hui singulier : « Les ministres n’ont pas craint de multiplier à l’excès le nombre dès officiers dans les tribunaux inférieurs et de surcharger ainsi le peuple de l’augmentation effrayante des frais de justice, suite nécessaire de la destruction des tribunaux des seigneurs, dans lesquels une grande partie des contestations se terminait presque sans frais. »

Quant aux droits particuliers du Dauphiné, on les invoquait avec non moins d’énergie. « Nous ne rappellerons pas, sire, les titres solennels, les témoignages authentiques de vos prédécesseurs, qui confirment les privilèges des Dauphinois ; mais nous devons répéter ce que disait un membre du tiers-état à Henri le Grand : « Ne vous offensez pas, sire, de ce qu’on ose dire librement en présence de votre majesté que la province de Dauphiné ne lui doit aucune taille, car la vérité est telle ; votre majesté le tient à cette condition, et cette clause est une partie de votre titre, laquelle ne peut s’effacer sans mettre le tout au néant ; tous vos prédécesseurs l’ont ainsi déclaré, ont juré de l’observer, et ainsi l’ont fait. » Après cet appel aux souvenirs historiques, Mounier avait soin d’ajouter : « En parlant de nos privilèges, nous sommes bien éloignés de vouloir abandonner les intérêts des autres Français. Toutes les provinces ont des Chartres qui les affranchissent des impôts arbitraires, et, quand elles n’en auraient pas, elles n’en devraient pas moins être exemptes. Ni les temps, ni les lieux ne peuvent légitimer le despotisme : les