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l’église des cordeliers ; elle se composait de 48 membres du clergé, 190 membres de la noblesse et près de 400 membres du tiers. Pour rétablir une plus exacte proportion entre les ordres, on décida spontanément que chaque voix du clergé compterait pour deux, et que les voix comptées du tiers-état n’excéderaient pas celles des deux premiers ordres. Quand l’archevêque de Vienne prit possession de la présidence, le comte de Morges déclara que l’assemblée voulait bien le reconnaître comme président pour cette fois, afin de donner au roi des marques de son respect, mais qu’elle entendait à l’avenir élire elle-même son président, à quoi l’archevêque de Vienne répondit : « J’adhère à cette protestation, et j’y joins la mienne. » Ainsi le seul acte émané de l’autorité royale était moralement frappé de nullité, du consentement de son délégué.

Pour mieux témoigner de la bonne volonté du gouvernement, le duc de Clermont-Tonnerre, commandant de la province, et l’intendant, M. de La Bove, ouvrirent tous deux l’assemblée en qualité de commissaires du roi. « Le roi, dit le duc de Clermont-Tonnerre, ayant fait connaître ses intentions, modifiées suivant les circonstances et le vœu des trois ordres, veut bien vous donner une nouvelle preuve de sa bonté paternelle en rétablissant sous une forme plus avantageuse vos états provinciaux, qui étaient suspendus. » Le duc avait d’autant plus le droit de parler ainsi qu’à l’assemblée des notables il avait lui-même demandé le rétablissement des états, et n’avait cessé depuis d’écrire aux ministres dans ce sens. Sa famille appartenant au Dauphiné, il partageait toutes les aspirations de la province[1]. À son tour, M. de La Bove ajouta : « Le roi, uniquement occupé du bonheur de son peuple, n’attend que de connaître le vœu de la nation pour lui assurer une administration qui concilie ses vrais intérêts avec l’amour qu’elle porte à son souverain. Un ministre désigné par l’opinion publique, le guide le plus sûr pour éclairer les rois, vient d’être rappelé à la tête des finances. La nation va être rassemblée autour du trône, sous les yeux d’un monarque qui ne cherche que la vérité. Dans la crainte que vos formes anciennes ne puissent exciter de nouvelles réclamations, le roi vous rassemble pour vous consulter et vous mettre à portée de faire connaître celles qui vous paraîtront les meilleures pour procurer au Dauphiné une constitution sage. »

Ce fut en effet sur la nouvelle forme à donner aux états que roulèrent les délibérations. On avait réclamé à Vizille les anciens états pour constater le droit de la province, mais on entendait bien qu’ils seraient réformés. L’évêque de Grenoble, président-né des états

  1. Dans l’ancienne constitution des états, les barons ne Clermont siégeaient en tête de la noblesse. (M. Gariel, Delphinalia.)