Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 44.djvu/871

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À quelques lieues de Shang-haï s’élèvent encore deux petites colonies européennes : ce sont Woo-sung à l’est, sur la rive gauche et à l’embouchure du Whampoa, avec les grands magasins de l’escadre française, et Zi-ka-wei à l’ouest, avec son collège de jésuites, la pépinière des missionnaires de cet ordre, où ils viennent, en débarquant, se familiariser pendant un noviciat de quelques mois avec les coutumes du pays, et se défaire le plus possible de leur physionomie européenne, qui serait un obstacle à l’exercice de leur apostolat. De ces deux petites villes, l’une est la clé de la mer, l’autre celle de la campagne. Elles servent de postes avancés contre les pirates et les bandes de rebelles, et il faut toujours en être maîtres pour assiéger Shang-haï.

Au mois de janvier 1862, au moment où la lutte contre les Taï-pings allait s’engager, les alliés comptaient d’abord les deux mille hommes de troupes de ligne qui restaient de l’armée expéditionnaire ; mais ces régimens, exclusivement placés sous les ordres de l’administration de la guerre, étaient considérés comme en garnison, et les amiraux ne pouvaient les engager dans une expédition. Ils gardaient les murs de la ville, Zi-ka-wei et les concessions européennes. C’était en quelque sorte une réserve, ne pouvant donner que dans un cas désespéré. La véritable force active était dans les navires et les équipages qui les montaient. La station navale française se composait de deux frégates à voiles avec des équipages réduits, l’Andromaque et la Force, cette dernière portant le pavillon de l’amiral Protet, des canonnières 12, 13 et 15, et de quelques petits avisos à vapeur presque sans chaudières, peu armés et montés par un petit nombre de matelots. On attendait, vers le milieu d’avril 1862, la frégate la Renommée, la corvette le Monge et le bataillon de zéphyrs envoyé de France pour relever la garnison de Shang-haï.

La station navale anglaise, sous les ordres du vice-amiral Hope, qui avait son pavillon à bord de l’Impérieuse, était bien plus forte en gros bâtimens, et ses moyens d’action étaient encore augmentés par la présence d’un grand nombre de canonnières et les ressources inépuisables de l’arsenal de Hong-kong. Les Anglais attendaient aussi deux régimens des troupes de l’Inde, un régiment de ligne de Tien-tsin, et ce qui leur manquait en artillerie, génie, ambulances et pontonniers. Pour le moment toutefois, les deux amiraux ne pouvaient jeter à terre que six cents matelots, renforcés par l’artillerie légère ; mais cet effectif était suffisant, si l’on ne tentait un assaut ou un coup de main qu’à peu de distance des rives du Whampoa, à portée des canonnières qui protégeraient la retraite et l’embarquement dans le cas d’un insuccès difficile à prévoir.

Autour de ce noyau d’hommes d’élite, de ces matelots rompus aux fatigues et habitués à la guerre, venaient se grouper les forces