Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 46.djvu/271

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mode le plus propre à concilier la nécessité d’épargner un trop grand déplacement à des masses populaires et celle de les soustraire à l’action immédiate des tyrannies locales, en les transportant dans une sphère où l’indépendance est plus à l’aise, où les influences sont régularisées les unes par les autres, et se limitent en se faisant concurrence.

Ce retour à l’élection cantonale n’entraînerait pas le retour au scrutin de liste, qui paraît en désaccord évident avec le suffrage universel. Faire élire un seul député, deux au plus dans chaque collège, est en général le meilleur moyen de s’assurer qu’il y aura quelque lien entre l’élu et l’électeur. Les hommes de la campagne aiment à connaître celui qu’ils choisissent, et si l’on peut leur refuser des lumières politiques, ils ne sont pas mauvais juges de la réputation ni du caractère, et généralement leurs suffrages ne se porteront librement que sur celui qu’ils estiment. Les élections rurales sont naturellement dirigées par la commune renommée. C’est dans les villes que la politique reprend son empire; c’est dans les villes que la politique suffit pour créer de légitimes rapports entre un homme connu seulement par ses talens et ses opinions et des électeurs qui ne savent de lui que son nom, et qui le choisissent de loin parce qu’ils pensent comme lui.

Voilà donc une différence essentielle entre le suffrage universel dans les villes et le suffrage universel dans les campagnes. Dans les unes comme dans les autres, une grande notoriété est presque toujours nécessaire au candidat pour qu’il réussisse. Dans les campagnes, c’est la notoriété locale et morale obtenue par la propriété ou l’industrie. Dans les villes, c’est plutôt la notoriété générale et politique, gagnée plus spécialement dans l’exercice des professions libérales. L’importance de cette différence incontestable pourrait conduire à donner un ou plusieurs députés, à raison de la population, à toute ville de vingt mille âmes et au-dessus, et à diviser tout le reste, villes du second ordre et campagnes réunies, en circonscriptions électorales nommant chacune un député et ne comprenant jamais moins de vingt mille électeurs. On conçoit que les bases de la division devraient être l’objet d’un examen attentif. On n’indique ici que le principe d’une législation nouvelle fondée sur le suffrage universel.

Ce seul changement, l’élection par canton d’un député pour chaque circonscription, tantôt purement urbaine, tantôt urbaine et rurale à la fois, mais soumise à toutes les règles, à toutes les garanties des pays libres, mettrait le suffrage universel à l’abri des principales critiqués, et donnerait suffisamment carrière aux deux influences, aux deux esprits qui se disputent partout la direction de la société. Ceux qui se préoccupent surtout d’une certaine exactitude