Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 46.djvu/347

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qui s’attache à tout ce qui est utile et du prestige qui entoure tout ce qui est ancien, elles ont acquis un caractère religieux. Quoi qu’il en soit, ces pagodes produisent un charmant effet. En quelque lieu qu’on les rencontre, sur la colline ou sur la rive, à demi cachées derrière un massif d’arbres que leur toit domine, ou bien isolées dans la plaine dont elles semblent surveiller et protéger les cultures, elles sont les bienvenues aux regards du voyageur. Peu importe qu’un dieu ou un génie les habite. Dès qu’on les aperçoit avec leurs formes originales et gracieuses, on reconnaît la Chine. La pagode est l’édifice chinois par excellence ; elle est l’âme et la poésie du paysage qui l’entoure. Supprimez la pagode, et la Chine disparaît.

D’étape en étape, ou plutôt de pagode en pagode, l’expédition arriva à Choung-king le 28 avril, après une navigation de dix jours. Cette ville est située au confluent du Yang-tse-kiang et de la rivière Ho-tou, qui arrose la partie septentrionale du Ssé-tchouen. En face d’elle, sur le bord opposé de la rivière, se trouve une autre ville, Li-min, également de premier ordre et entourée de fortifications. On remarque fréquemment en Chine et nous avons signalé à Han-kow ces cités doubles qui ne sont séparées que par le cours d’un fleuve, et qui, semblables à deux sœurs jumelles, sont nées et grandissent ensemble, vivant de la même vie et confondant leurs destinées. Tout le mouvement commercial de la province est concentré à Choung-king, où se rencontrent et s’échangent les différens produits de la Chine et de l’étranger, apportés par des milliers de jonques. M. Blakiston estime que Choung-king, par l’activité des affaires et par l’affluence des navires, doit être placé sur le même rang que Canton, Shang-haï et Han-kow. Nous sommes au plus profond des terres, à quatre cent quarante lieues de l’Océan, et cependant les calicots de l’Angleterre, les draps de la Russie et même certains articles de l’industrie parisienne ont déjà pénétré jusque-là. Quelles immenses, ressources pour le commerce étranger lorsque cette portion de la Chine lui sera définitivement ouverte, et qu’il pourra y aborder directement! Mais pour le moment ce n’est point un intérêt de négoce qui nous amène à Choung-king; l’expédition n’a qu’une pensée, une idée fixe : à peine arrivée, elle cherche le moyen de pousser plus loin et de gagner Ching-tou, capitale de la province. Faut-il prendre la route de terre ou bien continuer à remonter le Riang? "Voilà l’unique question dont se préoccupe M. Blakiston , et pour mieux s’éclairer il envoie sa carte de visite au préfet de la ville en demandant une prompte audience.

La présence des Européens dans le port de Choung-king ne pouvait manquer d’exciter vivement la curiosité populaire. La partie du rivage devant laquelle la jonque était mouillée fut immédiatement