Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/231

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charmant dans son attitude abandonnée et languissante; il porte deux flambeaux renversés, emblèmes funèbres : la vie doit fatalement s’éteindre dans la confusion de ces deux natures qui ne peuvent la donner. Il y a une intention marquée dans le rapprochement de ces deux sujets, l’Hermaphrodite et Narcisse. Ils se touchent de près dans les fables antiques comme dans la maison de Proculus, et tous deux, connue dépaysés dans les mythes païens, qui étaient les fastes de la fécondité, expriment piteusement les amours stériles. Voilà peut-être pourquoi la troisième peinture, placée là comme contraste, célèbre une des gloires de Bacchus. Une femme nue, vue de dos, une Ariane callipyge, est couchée à ses pieds; un faune vient de soulever son voile : elle était endormie, mais un génie sombre aux ailes brunes, le Sommeil sans doute, s’éloigne d’elle et va s’envoler. Bacchus approche, heureux vainqueur, le thyrse à la main, la tête couronnée de lierre, Bacchus androgyne, exprimant l’universelle génération, et derrière lui pêle-mêle, du haut d’une montagne, descendent le gros Silène, les satyres, les bacchantes agitant leurs bras, choquant des cymbales, sonnant des fanfares. — Évohé! crient toutes ces voix joyeuses, évohé! — La vie éclate et déborde : c’est le triomphe de l’amour.

Redescendons maintenant sur la terre. Outre ces remarquables peintures, la maison de Proculus contenait quelques objets curieux lorsqu’elle fut découverte, notamment une amphore portant la marque suivante : Frut. T. Claudio IIII, L. Vitellio III cos., ce qui voulait dire que l’amphore contenait du vin cuit (frutum) datant du quatrième consulat de Claudius et du troisième de Vitellius, c’est-à-dire de l’an 47 de notre ère, vingt-deux ans avant l’éruption. On faisait donc cuire le vin de Pompéi pour qu’il durât plus de dix années, et l’on en indiquait l’âge par la date des consulats, comme faisaient les vignerons de Rome. Une autre amphore, trouvée également dans ce péristyle, se vantait de contenir du vin de Cos. C’était une liqueur très célèbre chez les anciens, estimée de Caton, chantée par Horace. On la préparait avec le plus grand soin et on la mélangeait à l’eau de mer, qui perdait avec le temps son goût salé. Proculus avait donc une cave recommandable.

Outre beaucoup d’ustensiles de ménage, une belle conque de bronze, un joli brasier circulaire soutenu sur un trépied de fer par trois oies aux ailes déployées, et d’énormes tas de charbon (il a fallu pour les enlever trois charrettes), on a recueilli dans ce même endroit un petit gril; on l’enferma aussitôt sous verre. Il était resté dix-huit siècles, sous la cendre du Vésuve, en parfait état de conservation : dès qu’il fut dans la vitrine, il s’émietta petit à petit; au bout de six mois, il n’en restait plus que des brisures.

Un dernier regard au posticum et à la cuisine. Le posticum était