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du roi de Prusse est triste. Il a refusé d’aller à Francfort de peur d’être éclipsé par la popularité de son rival : il n’a fait que consacrer son isolement, et son attitude chagrine n’émeut pas plus les Allemands que la mauvaise humeur d’une petite-maîtresse. S’ils finissent par donner le jour à un projet de réforme, on les verra stipuler en faveur de la Prusse et lui faire la part aussi large que si elle ne les avait pas boudés, tant ils savent poursuivre une théorie en faisant abstraction un besoin des incidens de la vie réelle.

On ne saurait encore dire exactement quel sera ce projet; mais il y a des principes qui, adoptés ou non cette fois, seront toujours la base de toute discussion future. Comme d’habitude, tout le monde s’accorde d’abord pour abolir le système actuel, devenu par son impuissance la risée de l’Europe. Pour établir le nouveau pouvoir central, il s’agit de régler son organisation et de fixer ses attributions. Les princes réunis à Francfort ont paru prendre sérieusement à cœur cette tâche; mais la question des attributions du pouvoir central est bien plus difficile et bien plus importante.

Si l’on veut modeler ce pouvoir sur la forme des gouvernemens constitutionnels, les élémens variés ne manqueront pas pour le composer. La chambre haute, formée des princes ou de leurs représentans, ne devra pas avoir une influence trop grande sous peine de renouveler les lenteurs de l’ancienne diète, dont elle sera l’exacte copie. L’autre chambre, représentant l’élément populaire par un ou deux degrés d’élection, ne cesse d’effrayer la majorité, peu libérale au fond, des princes. Cette chambre seule cependant pourrait donner quelque vie à ce grand corps inerte et à ses membres disjoints, et si son action est trop limitée, le sentiment national ne sera pas satisfait : il ne verra encore à Francfort rien qui puisse lui représenter la patrie. L’organisation du pouvoir exécutif est une œuvre bien plus laborieuse. Qu’est-ce en effet que ce directoire formé à cinq, à six ou à sept? Une nouvelle et suprême représentation d’intérêts divers, composée d’élémens d’autant plus opposés qu’ils seront moins nombreux; un quatrième conseil au-dessus du conseil d’état et des deux chambres; la négation de l’unité, c’est-à-dire de tout pouvoir exécutif. Ainsi constitué, ce directoire sera tout ou rien. Si l’antagonisme des confédérés subsiste, il sera leur champ de bataille et suffira bien à leurs querelles ; si c’est l’élément populaire, il sera bien vite annulé. En tout cas, les petits états y seront sacrifiés sans avantage pour l’unité. Pour que ce pouvoir fût réellement exécutif, c’est-à-dire supérieur aux états, il faudrait qu’il fût indépendant d’eux et émanât directement soit de l’élection nationale, soit des autres pouvoirs. Le conseil d’état, la cour suprême de justice, l’unité de législation, la réforme douanière, sont d’excellentes choses en elles-mêmes, qui peuvent faciliter la pratique de l’unité, mais qui n’auront de valeur qu’autant qu’elles auront une sanction supérieure.

La question fondamentale de l’unité n’est pas là, elle est dans les attributions du pouvoir central. Veut-on en Allemagne établir une véritable et sé-