Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/490

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pensée d’appuyer par la force matérielle la cause polonaise étant abandonnée pour cette année, nous allons voir se prolonger, l’œil ému, mais la main inerte, ces scènes de boucherie et de spoliation qui depuis tant de mois chagrinent et humilient l’impuissante Europe. Durant cette période, il ne va plus rester à la Pologne d’autres défenseurs que les orateurs de nos assemblées et les écrivains. Nous faisons des vœux pour que les avocats de cette juste cause ne se laissent point décourager et ne perdent pas, à quelque épreuve qu’elle soit soumise, leur foi dans la force morale de la justice et dans la probité de l’opinion publique. Parmi les secours moraux qui ne sauraient demeurer stériles pour la cause polonaise, nous plaçons au premier rang ces beaux articles que notre ami M. de Mazade vient de réunir dans la Pologne contemporaine. Ces pages éloquentes ont été connues de nos lecteurs au moment où elles ont été écrites ; mais, rassemblées, elles ont un caractère saisissant de nouveauté et d’ampleur. Tout le drame actuel y est resserré, et l’on y suit tous les degrés, trop oubliés aujourd’hui, par lesquels la protestation de la Pologne, commençant dans les églises, se continuant par le martyre volontaire, a été poussée par une atroce provocation à l’insurrection du désespoir. Ce noble volume est digne de la cause à laquelle il est consacré et digne de la sympathie élevée que l’esprit d’humanité de la France a vouée à cette cause. Nous partageons, quant à nous, entièrement l’opinion de M. de Mazade. Les précautions oratoires prises par notre diplomatie ne donnent le change à personne sur la véritable situation de la France dans la question polonaise. « Il ne faut pas dire nous nous approprions les paroles de M. de Mazade dans son excellent avant-propos) : Nous parlerons, nous négocierons, nous échangerons des opinions et des récriminations, et nous ne ferons rien ! Tout par la paix et à trois, rien par la guerre ! Parler ainsi, ce ne serait pas manquer à la Pologne seule, ce serait trahir sa propre cause. Une défection à trois ne serait pas moins une défection, et, qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est ni sur l’Angleterre, ni sur l’Autriche que retomberait le poids principal de l’abandon ; c’est la France qui serait la première atteinte, c’est sur la France que pèserait le désastre moral. Elle aurait expié d’un coup et la guerre d’Orient et la guerre d’Italie. Et la paix du moment qu’on s’assurerait, cette paix elle-même serait sans sécurité. Rien ne serait fini, tout commencerait au contraire, seulement dans des conditions moins libres et plus périlleuses. »

On dirait que M. de Mazade a la prescience des restaurations nationales que notre siècle semble destiné à voir s’accomplir. Sa perspicacité avait deviné bien avant 1869 la nouvelle fortune de l’Italie ; la cause italienne, tant qu’elle a eu besoin du concours de l’opinion libérale, n’a pas eu en France de défenseur plus convaincu et plus chaleureux. Dieu fasse que M. de Mazade soit aussi heureux dans sa croisade polonaise qu’il l’a été dans sa campagne italienne ! L’œuvre de l’Italie une est décidément en voie de réussir. En dépit des spéculateurs qui voulaient l’autre jour entériner le roi Victor-Emmanuel, le nouvel ordre de choses va se consolidant de jour