Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/998

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européens, peuvent fabriquer avec tant de soin des tissus aussi mal teints, des dessins aussi vulgaires et des combinaisons de couleurs aussi pauvres ! Faut-il attribuer cette impuissance à la lumière affaiblie de notre soleil, ou ne serait-ce pas plutôt la prétention de faire mieux qui nous aveugle tous?

En arrivant à la céramique, nous nous rapprochons de l’art véritable. La céramique occupe sans contredit la place la plus considérable à cette exposition, et la faïence y joue le principal rôle. En porcelaine, que trouvons-nous cependant? Qu’y a-t-il en verrerie? Aucune fabrique importante n’a voulu se montrer. Sèvres comme les Gobelins ont laissé leurs produits enfermés, ne daignant pas se mettre en ligne avec de si pauvres adversaires. Les verreries de Baccarat et de Clichy ont suivi cet exemple. Parmi les rares exposans d’objets en porcelaine, nous n’en apercevons pas un seul qui ait le sentiment de la forme et sache se tenir dans les limites assignées par le goût à l’art décoratif. Assurément, dans les porcelaines-biscuit de M. Gauvin, il y a de grandes difficultés vaincues ; mais l’effet général n’en est pas moins fâcheux. Tantôt c’est un portrait vigoureux et comme peint à l’huile, dont le fond noir, entouré d’une surface claire, perce de part en part le ventre du vase qu’il est chargé de décorer; tantôt une forme impossible vient détruire tout ce qu’il y a de mérite dans la décoration. Que de forces mal dirigées et perdues ! Quelle fatigue inutile ! Quel oubli même des convenances! Pensez-vous donc qu’un vase ne soit fait que pour être regardé sous un globe de verre? Ceux-là mêmes qui sont des objets de luxe ne doivent-ils pas contenir soit des fleurs, soit des lampes, ou des candélabres, en un mot être utiles en même temps que beaux? Mais ces goulots étroite, de forme pompéienne plus ou moins pure, qui avaient certainement leur raison d’être jadis, ne sont plus aujourd’hui que des inutilités et perdent dès lors leur seul mérite.

Toutefois, au milieu de ces porcelaines sans goût, il faut distinguer l’exposition d’un genre tout nouveau de MM. Gillet et Brianchon. Les tons nacrés des perles, les reflets irisés des plus belles coquilles sont fixés sur cette porcelaine et charment par la délicatesse des nuances. On dirait que les rayons du soleil ont été surpris et fixés par l’émail en fusion. Malheureusement le choix des formes ne répond pas à la beauté des couleurs. Voilà un progrès réel cependant, que la manufacture de Sèvres n’a pas su faire, et que peut-être même elle ne sait ni voir ni comprendre. Elle aime mieux rester dans l’impasse où la fabrication de la porcelaine dure l’a entraînée. Persuadée, lorsque le kaolin fut découvert, qu’elle ne devait rechercher que le blanc le plus éclatant et le maximum de dureté, elle employa le kaolin pur pour le biscuit, et se servit du feldspath sans mélange comme de couverte. Une telle méthode entraînait