Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 50.djvu/583

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Ce seul exemple montre que les brigands ont affaire à une armée vraiment héroïque; le mot est d’un ancien conseiller de François II, Antonio Spinelli. Cette armée, c’est l’Italie déjà faite; c’est l’unité nationale organisée, disciplinée, prête à combattre et réunissant déjà trois cent mille hommes de toutes les provinces étroitement serrés par la fraternité des armes et par la religion du drapeau. L’armée cependant n’est pas seule contre les brigands. Les gardes nationales, formées à la hâte aux premiers jours de la révolution, étaient quelquefois timides, au moins dans les villages, ou violentes comme les gardes urbaines qu’elles remplaçaient, parfois même complices des malfaiteurs qu’elles avaient à combattre. Elles laissaient désarmer les postes et piller les maisons, quitte à partager le butin. Elles sont maintenant réformées, aguerries, elles se battent. La garde nationale de Naples réunit vingt mille jeunes gens, la fleur du pays, admirablement assidus, dévoués et fidèles depuis trois ans, trois années d’épreuves où ils ont subi de rudes corvées et traversé de mauvais jours : celles des Calabres et des Abruzzes se défendent toutes seules, celles de Pietragalla, de Gioia, etc., ont fait vaillamment leur devoir. Partout d’ailleurs s’éveille une émulation de zèle et de bon vouloir: ne fût-ce que le point d’honneur, c’est quelque chose. Dans la plupart des provinces, notamment dans celle de Molise, autrefois cruellement ravagée, aujourd’hui tranquille, l’esprit public est tout à fait relevé, le pouvoir a décidément le dessus. L’administration réformée se conduit presque bien; les tribunaux épurés rendent la justice; les maires rassurés se mettent eux-mêmes à la tête de leurs hommes quand il y a une agression à repousser. La complicité des autorités dans le brigandage est un scandale qui ne se reproduit plus nulle part. La police dans les provinces n’a pu encore s’organiser fortement, mais elle est remplacée par la vigilance des populations et par le zèle admirable des carabiniers royaux.

Enfin le terrain même, si propice au brigandage, se réforme peu à peu sous l’influence du nouveau régime. Ainsi le Gargano (l’éperon de la botte italienne), autrefois peuplé de larrons, en est maintenant complètement délivré, grâce aux routes militaires que le général Mazé de La Roche a fait ouvrir par les sapeurs du génie dans ces montueuses solitudes. La selva della Grotta, forêt vierge qui aurait pu couvrir une armée en déroute, est maintenant praticable, percée de clairières et défendue par une sorte de blockhaus dont le parapet et le fossé suffisent pour arrêter les brigands. La province de Bénévent sera bientôt sillonnée de larges voies qui partent déjà dans toutes les directions et qui la défendront contre les incursions à venir, car les brigands évitent toute espèce de chemin frayé; ce qui gêne le plus leur circulation, ce sont les routes. Enfin le railway