Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 54.djvu/281

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En ce qui concernait l’église de Jérusalem, « cette mère de toutes les églises, » le concile maintenait à sa tête « le très vénérable Cyrille, son évêque légitime, confesseur courageux de la foi catholique, exercé dans les combats contre la perfidie arienne, banni et emprisonné en divers lieux. »

Timothée avait été confirmé par le concile dans la possession du siège d’Alexandrie ; mais l’épître synodique n’en disait rien, de peur que les Occidentaux n’y vissent une conséquence de leurs observations ou même un simple désir de leur plaire. Cette brève et dédaigneuse notification se terminait par un avertissement d’une aigreur blessante, quoique méritée peut-être. Le concile invitait les évêques d’Occident à se défaire de toute partialité pour les personnes dans leur jugement sur le règlement des affaires, et à ne songer qu’au bien de l’église, la crainte de Dieu aidant ainsi que la charité spirituelle. « Si tout le monde se conformait à cette règle salutaire, ajoutaient les pères orientaux, le corps de l’église deviendrait comme celui du Christ lui-même, qui est entier pour chacun de nous. »

Telle était en analyse la lettre du concile d’Orient ; celle de l’empereur s’expliquait plus rudement et plus nettement sur les prétentions occidentales. Théodose y disait sans détour aux évêques italiens que la demande qu’ils lui avaient faite d’obliger les Orientaux de se rendre à Rome pour y discuter leurs affaires manquait de raison, et que les Orientaux avaient tout droit de s’en offenser. Ce qu’on aurait décidé en l’absence des parties laisserait d’ailleurs ouverture à des recours qui rendraient les querelles interminables. Le droit de chaque église à se réglementer et à choisir ses chefs était écrit dans les canons ; le nier ou le contester était créer un danger public. À propos de l’église de Constantinople, l’empereur reprochait sans ménagement aux Occidentaux « de s’être laissé duper par Maxime, qui ne leur avait débité que des impostures ; il les exhortait à montrer à l’avenir moins de crédulité pour les mensonges colportés chez eux, et moins de rancune contre leurs frères d’Orient. »

La lecture de ces deux pièces dut produire dans le concile de Rome l’effet de la foudre. Il n’avait plus de raison d’être : la mission que s’étaient attribuée si orgueilleusement les Occidentaux se trouvait terminée avant d’avoir commencé ; les questions à juger étaient tranchées à l’avance, les droits contestés reconnus ; enfin les hommes dénoncés comme indignes passaient au contraire à l’état de saints et vénérables personnages, couverts par les suffrages de tout l’Orient. Les Occidentaux étaient joués, et de plus ils avaient. irrité l’empereur Théodose en censurant l’élection de Nectaire, sa créature : le très religieux auguste, personnellement blessé, avait