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De tous leurs intérêts des gens chargés pour eux,
— Des spirituels même, et même assez nombreux, —
Tous messieurs, s’il vous plaît, portant des uniformes,
Ayant prêté serment, reconnus dans les formes,
Tant que pour ne pas croire à leur habileté
Il faudrait être au moins atteint de cécité,
Et pour s’entremêler, fût-ce à sa propre affaire,
Être bien indiscret ou n’avoir rien à faire. »

XLI


L’esquisse est-elle exacte et selon vos désirs ?
Ce crayon rend-il bien notre béatitude ?
Reconnaissez-vous bien nos goûts et nos plaisirs,
Et cet oubli d’autrui, notre plus douce étude,
Et cet oubli de soi qu’on appelle habitude ?
O Mélibée, un dieu nous a fait ces loisirs !

XLII


Laissons les hommes forts dire qu’à notre taille
On nous ajuste un monde et répéter en chœur :
Que dans nos passions, que l’on rogne et l’on taille,
Ils voient les tristes ifs de ce triste Versaille,
Qu’enfin les lourds ciseaux de l’intérêt vainqueur
Ont mutilé l’amour, virilité du cœur.

XLIII


Laissons les remplacer, ces Catons d’un autre âge,
La gloire par l’estime et l’adroit par le sage,
Et la morale aussi par la moralité,
Eux qui s’en vont criant à la stérilité,
Et pensent follement qu’indomptable et sauvage
L’esprit n’engendre pas hors de la liberté.

XLIV


Le présent seul est vrai, le reste n’est que cendre.
Le présent ! mais c’est l’or du guerrier d’Alexandre.
Donc prenons ce qui peut en tenir dans nos bras,
Remercions ceux qui, lourds de nos embarras,
Jusques à s’en changer veulent bien condescendre,
Et tâchons d’être heureux pour n’être pas ingrats !


EDOUARD PAILLERON.