Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 54.djvu/991

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article de foi, mais c’est une idée qui s’est beaucoup répandue depuis l’époque où Bossuet composait son Histoire universelle avec des données tout à fait insuffisantes. Depuis lors, la science a marché ; il n’est pas un savant aujourd’hui qui ne considère cette opinion comme fausse : elle est contredite à la fois par la connaissance des textes, qui ne montre aucun point de contact entre les livres hébreux et le Véda, par l’étude comparée des langues, qui sépare dans leur origine les idiomes sémitiques des idiomes aryens, par celle des races humaines, que l’on voit se succéder les unes aux autres suivant leur ordre de perfection, par l’impossibilité philosophique de tirer les croyances grecques, et surtout celles de l’Inde, du monothéisme de la Genèse, enfin par cette simple réflexion dominant tous les faits, que quand l’humanité s’est trouvée en possession d’un principe vrai, il n’y a pas d’exemple qu’elle l’ait laissé périr. Si donc les chrétiens admettent la réalité d’une révélation religieuse primordiale, il faut qu’ils se mettent d’accord avec la science, et qu’au lieu de voir dans les diverses religions autant de dégradations de la vérité divine, ils les regardent comme des tentatives humaines par lesquelles les nations s’acheminent peu à peu vers le christianisme.

Depuis que l’étude de l’Inde et surtout celle du Vêda ont mis la science en possession du plus ancien livre sacré de la race aryenne, on a pu commencer à reconnaître la marche d’ensemble des religions, et l’on a renoncé définitivement à l’idée de Bossuet ; son livre peut être encore une lecture édifiante, mais il n’a plus aucune valeur scientifique. En réalité, le monde religieux est soumis à deux tendances dont ni l’une ni l’autre n’est épuisée. L’une d’elles est sémitique ; elle a son origine connue dans les livres de Moïse, et elle se développe dans la christianisme contemporain. L’autre est aryenne ; sa plus ancienne expression est dans les hymnes du Vêda ; sa dernière expression est le bouddhisme. L’immense majorité des hommes civilisés se partage entre ces deux doctrines : le nombre des chrétiens est évalué à deux cent quarante millions, et celui des bouddhistes à deux cents millions. Cependant les sociétés où sont nées ces deux religions dominantes n’ont pas entièrement quitté leurs anciennes croyances : les Israélites ne se rallient que lentement aux idées et aux cultes chrétiens ; la société indienne est restée presque entièrement brahmanique, après avoir expulsé le bouddhisme de son sein et n’en avoir conservé la trace que dans la secte moderne des jaïnas. De la tendance sémitique est en outre issu le mahométisme, qui, après avoir été fait uniquement pour les Arabes » a rayonné sur une partie considérable de l’ancien continent.

Les deux courans religieux issus des sources génésiaques et vêdiques,