Page:Revue des Deux Mondes - 1865 - tome 57.djvu/106

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les auront vus ait soupçonné l’usage auquel ils étaient destinés.

Dès le 8 décembre, le thermomètre était descendu à 25. degrés au-dessous de zéro, et le froid allait acquérir encore plus d’intensité. Cependant les marins n’en souffraient pas autant qu’on aurait pu le croire. La glace étant alors assez solide pour porter les hommes, on circulait aisément entre le navire et la terre ferme ; néanmoins quelques craquemens se faisaient entendre qui indiquaient que l’épaisseur de la couche congelée n’était pas encore bien considérable. Les aurores boréales avec leurs magnifiques lueurs se montraient souvent au-dessus de l’horizon. Le lieu où le George Henry était enfermé n’étant pas tout à fait à la latitude du cercle polaire, la nuit ne devait jamais y être complète, et chaque jour, durant tout l’hiver, le soleil devait se montrer un peu au-dessus de l’horizon. Le temps était donc en somme assez supportable ; seulement il fallait, pendant les courses en plein air, se frotter le nez de temps en temps avec de la neige pour empêcher qu’il ne fût gelé. Cet organe étant la seule partie du corps qu’on ne puisse préserver du froid par des fourrures, chaque compagnon de route est chargé de veiller sur le nez de son voisin et de le prévenir amicalement aussitôt qu’il s’y manifeste une teinte noire dont le patient n’a pas conscience lui-même.

Les indigènes, si habitués qu’ils soient au climat de leur terre natale, supportent peut-être moins bien que les étrangers les premières atteintes du froid. Chaque hiver débute par une ou deux semaines de transition où leur condition est vraiment misérable. Il fait déjà trop froid pour rester sous les tentes, et s’ils se réfugient sous les huttes de neige, il survient quelquefois un dégel subit qui en ronge les murailles et les fait écrouler. Les vêtemens de fourrures dont ils se couvrent ne sont pas toujours pr parés à temps, dans le cas par exemple où la chasse n’a pas été assez abondante. Enfin, (et c’est la plus grave souffrance à laquelle ces malheureux soient exposés, tandis que les bords de la mer sont tout encombrés de glaçons flottans et que la surface congelée n’est pas encore assez épaisse, il est impossible d’aller à la chasse du veau marin. Pas de gibier et partant pas d’alimens, pas d’huile pour la lampe, pas de chaleur ni de lumière. Heureux sont ceux qui découvrent quelques fragmens de graisse de baleine enterrés dans la neige aux jours de beau temps pour la nourriture des chiens !

M. Hall, qui songeait sang cesse à réaliser plus tard son voyage dans les terres plus rapprochées du pôle, choisit le moment de l’année le plus froid pour faire une excursion avec les Esquimaux, afin de s’aguerrir contre les intempéries de l’air et de s’habituer à la vie des indigènes. Tout habillé, à la mode du pays, de peaux de