Page:Revue des Deux Mondes - 1865 - tome 57.djvu/373

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cerne la principale industrie de Lyon, la fabrication des étoffes de soie, on ne peut le supposer. En laissant de côté les dernières années, où le ralentissement des affaires est notoire, avant même que le marché de l’Amérique ne fût fermé aux produits de Lyon, M. Reybaud avait déjà constaté que la quantité des métiers ne s’accroissait plus depuis 1852. M. Jules Simon, de son côté, reconnaissait que la fabrication tendait au contraire à émigrer de Lyon, et que les métiers se disséminaient dans les campagnes voisines au grand avantage des ouvriers, de l’industrie elle-même et de l’agriculture. Si les riches ouvrages, ceux dont le prix de main-d’œuvre est le plus élevé, se confectionnent exclusivement dans les ateliers de la Croix-Rousse et des Brotteaux, les gazes de soie, les étoffes unies, les velours même les plus ordinaires, les foulards surtout, se fabriquent dans les montagnes voisines et dans le département de l’Ain. Par contre, il est vrai, de nouvelles manufactures se sont établies dans les murs de la cité, et des industries importantes ont versé de plus larges salaires, en même temps que les progrès du commerce y ont appelé plus de familles aisées ; mais il n’en faut pas moins tenir grand compte à Lyon comme à Paris de l’envahissement de la ville par la multitude de ceux que l’on nomme à Paris les nomades et à Lyon les rouleurs. Toutes ces usines qui occupent surtout les espaces mis en valeur de la rive gauche du Rhône, les grandes entreprises de transports, les ateliers de construction, ont introduit dans la ville une foule d’ouvriers dont la situation est loin de présenter les garanties qu’offrait l’industrie de la soie. Ce qui règne dans ces nouveaux ateliers, c’est le travail en commun, l’agglomération des hommes ou des femmes vivant tout le jour hors du domicile de famille, la plupart du temps sans famille même et sans foyer. Le caractère de la population a été certainement modifié par cet élément nouveau, et il ne serait pas inutile d’en mesurer au juste l’importance. On a très sagement attaché un vif intérêt aux diverses publications de la chambre de commerce de Paris sur l’état de l’industrie, non-seulement en raison du chiffre des affaires que l’enquête pouvait révéler, mais surtout pour le dénombrement des professions diverses exercées dans la capitale. Il ne faut pas, malgré tout le zèle avec lequel les opérations de ce genre sont préparées, attacher une confiance absolue aux résultats. L’exécution laisse beaucoup à désirer, et l’on a raconté par exemple que parmi les vérificateurs chargés d’aller demander à domicile le nombre d’ouvriers employés dans chaque établissement, beaucoup apportaient des chiffres qu’ils n’avaient pas même pris la peine de contrôler sur place, attendu qu’étant payés à raison du nombre d’établissemens visités, ils avaient grand intérêt à grossir leur tâche quotidienne.