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Wolsey mettait l’alliance de l’Angleterre n’avait pas été jugé trop haut. Il demandait les comtés de Boulogne et de Guines avec la ville d’Ardres comme cession territoriale, 1,500,000 écus d’or comme représentant les arrérages dus pour la cession de Tournay, et les pensions suspendues depuis la rupture. La régente avait refusé d’abandonner la moindre parcelle de territoire [1]. Quant à l’argent, elle allait jusqu’à 1,100,000 écus ; mais le cardinal répondit qu’il faisait moins d’estime de ces 1,100,000 écus que de son rochet [2], et que le point principal pour obtenir la paix était la cession des terres demandées. Comme les négociateurs de la régente n’avaient pas le pouvoir d’y consentir, Wolsey les renvoya en leur disant qu’ils eussent à partir bien vite, parce qu’il commençait à être suspect et qu’on le traitait de Français. Il ajouta avec une précision singulière « qu’à cette heure on avait donné la bataille au roy devant Pavie, et que le roy estoit deffaict ou pris. »

Lorsque la nouvelle du grand revers de François Ier arriva en Angleterre, Wolsey et Henri VIII se tournèrent du côté de l’empereur avec une ambitieuse agilité. Le roi d’Angleterre réclama sa part de la victoire, à laquelle il était resté complètement étranger. Il envoya en Espagne, vers son allié naguère délaissé, l’évêque de Londres Tunstall, garde de son sceau privé, et sir Richard Wingfeld, chancelier du duché de Lancastre, pour lui proposer la conquête et le morcellement de la France [3]. Cela est maintenant aisé, disait-il, son roi étant captif, son armée étant vaincue, ses nobles étant tués ou pris. Sans tête, sans conseil, sans force, elle est incapable de leur résister si, conformément aux accords précédens, ils y pénètrent tous les deux en personne par une invasion simultanée et depuis longtemps convenue. Ils marcheront, chacun de son côté, vers le cœur du royaume en négligeant les forteresses et les lieux fermés. Arrivés l’un et l’autre à Paris, Henri VIII s’y fera couronner, et il accompagnera ensuite jusqu’à Rome Charles-Quint, à qui il donnera 200,000 écus d’or pour l’aider dans son voyage d’Italie, où il ira prendre la couronne impériale et rétablir l’empire dans sa dignité ancienne et dans toute sa grandeur. « L’empereur, disait-il encore, sera bien près d’avoir la monarchie de toute la chrétienté.

  1. « Si petite fust-elle, disait la mère de François Ier à ses ambassadeurs, monseigneur et fils n’y voudroit aucunement entendre, tant pour la conservation de son serment que pour ne desplaire à ses sujets et pour éviter les inconvéniens à venir. » lettre du 16 février 1525. — Archives de l’empire, sect. hist. J. 985, liasse 4, n° 13.
  2. Lettre du président Brinon, chancelier d’Alençon, et de Jean-Joachim Passano, seigneur de Veaulx, à la régente, écrite de Londres le 6 mars 1525. — Archives de l’empire, sect. hist. J. 965, liasse 3, n° 8.
  3. Instructions datées du 26 mars à Tunstall, évêque de Londres, et à Rich. Wingfeld, chancelier du duché de Lancastre, envoyés auprès de l’empereur après la bataille de Pavie. — State Papers, t. VI, p. 412 à 436.