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Le royaume de Naples pris, le pape en disposerait avec l’assentiment des confédérés.

Dans l’arrangement futur de l’Italie enlevée à Charles-Quint, François Ier devait obtenir bien au-delà de ce qu’il aurait naguère osé prétendre. Tout en renonçant aux droits que ses prédécesseurs lui avaient laissés sur le Milanais et sur le royaume de Naples et qu’il avait soutenus longtemps lui-même les armes à la main, il recevrait un prix élevé de ses renonciations. Le duc Sforza, à qui serait donnée en mariage une princesse du sang royal de France, ferait tenir annuellement à Lyon 50,000 ducats à François Ier en compensation de ses anciens droits. Il lui céderait de plus le comté d’Asti, accordé en dot par le duc Jean Galéas à Valentine Visconti, mariée à Louis d’Orléans, frère de Charles VI, et depuis plus d’un siècle héréditairement revendiqué par les princes de Valois-Orléans issus de cette union. François Ier recouvrerait aussi la seigneurie de Gênes, qui resterait toutefois administrée par un doge. Enfin celui que le pape investirait du royaume de Naples, sur les terres duquel il serait formé une principauté de 30,000 ducats de rente pour le duc de Richmond, fils naturel de Henri VIII, et une seigneurie de 4.0,000 ducats de rente pour son avide ministre Wolsey, paierait à François Ier une pension annuelle qui ne serait pas moindre de 75,000 ducats [1]. Le traité de Cognac, qui stipulait l’indépendance des états italiens, qui dégageait le roi de France des obligations contractées à Madrid et préparait l’abaissement de l’empereur, rendait inévitable une nouvelle guerre en Italie.


III

Charles-Quint avait été, pendant quelque temps, bien loin de s’y attendre. En se séparant de François Ier sur le chemin de Torrejon à Tolède, il était parti pour Séville, où, selon le désir de ses sujets et afin d’assurer la succession à ses couronnes, il devait épouser l’infante Isabelle de Portugal. Cette jeune et belle princesse, qu’il aima d’une affection si tendre tant qu’elle vécut et qui lui laissa des regrets si durables lorsqu’il la perdit, lui apportait en dot un million de ducats, dont une bonne partie avait été déjà dépensée [2]. Elle avait précédé Charles-Quint à Séville, où elle avait été reçue

  1. Traité de Cognac, dans Dumont, t. IV, Ire partie, p. 451-454.
  2. « Uvo en dote el emperador novecientos mil ducados, pagados los quatro cientos mil en una deuda que el emperador devia al rey de Portugal… Y pagaronse otros tantos en feria de quaresma del año 1520 en Valladolid y en Sevilla, cien mil en Flandes en todo esto año, y los otros en Castilla. » Sandoval, t. Ier, lib. XIV, § 9. — Au compte même de Sandoval, il y avait un million de ducats.