Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 65.djvu/488

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Seulement quelle sera l’efficacité, la sécurité de cette paix ? La question n’est pas la même sur tous les points, dans le Trentin et sur l’Isonzo, comme je le disais. En faisant la part des nécessités de la défense italienne vers le Tyrol, l’Autriche, sans céder ce qu’on n’a pu lui prendre d’un autre côté, arriverait sans doute à une paix qui n’aurait plus pour unique bouclier la puissance de ses armes. Elle ferait un acte d’intelligente politique auquel le gouvernement italien n’aurait le droit de répondre qu’en montrant dans ses rapports nouveaux le même esprit d’équité et de conciliation. La frontière de l’Isonzo, adoptée du côté de Frioul, est, à tout prendre, la frontière de l’ancien royaume d’Italie. L’Autriche reste, il est vrai, maîtresse des dangereux passages des Alpes : elle peut bâtir un nouveau quadrilatère ; l’Italie a aussi le sien aujourd’hui sur l’Adige. Dans cette limite de l’Isonzo, l’Italie est assez puissante, assez vigoureusement membrée dans son territoire pour se détourner de ces questions de frontières, et pour mettre la main à ce qui serait pour elle une bien autre défense, à son organisation définitive, à la fusion de ses intérêts, à la régularisation de ses finances, au développement de ses ressources intérieures, surtout à la consolidation de sa liberté, de cette liberté par laquelle elle a vaincu, par laquelle elle peut s’affermir. C’est là l’œuvre à laquelle elle doit aujourd’hui consacrer tous ses efforts, si elle veut rester à la hauteur de sa fortune. L’Italie ne serait menacée que si, après une telle victoire de sa nationalité, elle tombait dans de vulgaires et stériles discordes, si son incapacité politique ne savait pas achever ce que sa hardiesse et son habileté ont su entreprendre. Il n’y a pas de frontière qui puisse garder un peuple en dissolution contre l’envahisseur, comme aussi il n’y a pas d’envahisseur assez hardi pour passer une frontière, ne fût-elle qu’un ruisseau, quand derrière ce ruisseau il est sûr de trouver un peuple compacte, viril et libre.


CHARLES DE MAZADE.