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petite république devait être étouffée. A l’isolement volontaire d’autrefois eût succédé d’abord l’isolement forcé, puis la conquête.

Ainsi tout annonce que, si le Paraguay échappe à « l’anéantissement » décrété par les généraux brésiliens, il vivra pour se rapprocher définitivement des autres républiques non-seulement par les liens du commerce, mais aussi par une alliance intime de politique et de principes, et servira peut-être même à former le noyau d’une nouvelle confédération comprenant Entre-Rios, Corrientes et la Bande-Orientale. Un pareil événement serait l’un des plus considérables de tous ceux qui se sont accomplis dans le continent colombien, car il constaterait enfin la participation d’une nation presque purement indienne de race aux grands événemens de l’histoire contemporaine, et nul ne pourrait désormais prétendre que les seuls Caucasiens ont le privilège de travailler aux progrès de la justice et de la liberté. Ce sont les fils des Guaranis qui, dans cette lutte suscitée par les propriétaires d’esclaves, ont pris en main la cause de la république envahie, ce sont eux qui ont maintenu contre les ambitions de l’empire voisin le principe de la libre ouverture des rivières ; ils ont fait de leur pays, tout petit qu’il est, le puissant boulevard des états hispano-américains contre la monarchie esclavagiste du Brésil, et de cette façon ils n’ont pas été moins utiles à la cause commune des peuples colombiens que ne l’ont été le Chili, le Pérou et la république dominicaine en résistant aux agressions et aux ordres humilians de l’Espagne. Tout fait présager que les agrandissemens du Brésil trouveront désormais leur limite au pied des murs d’Humayta, et si ces prévisions se réalisent, c’est à l’héroïque résistance du Paraguay que les Américains d’origine espagnole devront en grande partie d’avoir retrouvé leur équilibre politique. Assurés contre toute intervention efficace des puissances européennes, ils le seront aussi contre les ambitions de l’empire qui les avoisine.


III

Nombre d’hommes politiques semblent craindre pour les états espagnols de l’Amérique du Sud un adversaire encore plus puissant que le Brésil ou l’Espagne, et se figurent que les événemens des cinq dernières années auront pour résultat de livrer irrémissiblement tous les pays du continent à la grande république anglo-saxonne du nord. Quant au sort du Mexique, il ne fait pour eux l’objet d’aucun doute. Ils assurent qu’aussitôt après la retraite des troupes françaises les belles contrées de l’Anahuac deviendront la proie de leurs envahissans voisins, comme le furent naguère le Texas, la Californie et le territoire connu sous le nom de