Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/779

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sentiment profond du devoir. Comme la Prusse actuelle, les premiers Hohenzollern n’ont pas de dettes et possèdent un trésor. Dans un temps de prodigalité chevaleresque où les Juifs seuls avaient de l’argent, c’était une grande supériorité de savoir en garder. Les burgraves de Nuremberg acquièrent successivement par voie d’achat Baireuth en 1248 et le margraviat d’Anspach en 1338.

C’est encore par la puissance de l’épargne que Frédéric de Hohenzollern, sixième burgrave, fonde la grandeur de sa maison en s’élevant au rang d’électeur de Brandebourg. C’était au temps du magnifique empereur Sigismond, dont la caisse était toujours à sec, ses ressources n’étant pas en raison du rôle qu’il voulait jouer. Le petit seigneur franconien prête d’abord à son haut suzerain 150,000 florins d’or, puis plus tard encore 250,000 florins. L’empereur, ne se trouvant pas en mesure de les restituer, donne l’électorat de Brandebourg en échange de la somme, qui peut représenter en monnaie actuelle environ 20 millions. La cérémonie de l’investiture eut lieu en grande pompe sur la place de Constance, le 19 avril 1417, pendant la réunion du concile qui fit brûler Jean Huss.

Qu’était-ce que cet électorat de Brandebourg ? La première mention qui est faite de ce pays dans l’histoire remonte à l’empereur Henri l’Oiseleur, prince toujours guerroyant, qui en 928 s’empare de la principale forteresse des Wendes, appelée Brannibor, et y fonde un margraviat ou comté des frontières, pour défendre les limites de l’empire contre les païens des bords de la Baltique. Ce margraviat occupait une partie de la grande plaine cimbrique, triste contrée de sables et de marais, entrecoupée de tourbières, v d’étangs, de cours d’eau et de quelques bois rabougris. C’était un territoire assez étendu en longueur, qui vers l’ouest dépassait l’Elbe et vers l’est l’Oder. Il était occupé par une population wende d’origine slave. Le margrave Albert l’Ours obtint la dignité d’électeur (1142), soumit définitivement les Wendes, toujours rebelles, et peupla les cantons déserts de colons hollandais qu’une incursion de la mer avait chassés de leur humide patrie. Ces industrieux émigrés apportent avec eux leur aptitude aux travaux agricoles. Ils défrichent les marais, créent des prairies et élèvent dû bétail. Le premier noyau de la population de Berlin est presque uniquement hollandais. Ce n’était à l’origine qu’un petit fort (Wehrlin, Berlin) fondé aux bords de la Sprée pour résister aux attaques des Wendes. Il est digne de remarque que la puissante capitale commerciale de