Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/799

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Ces derniers sont portés en tête de la liste l’année suivante. Les hommes qui restent après le triage sont appelés à tirer au sort pour savoir dans quel ordre ils devront marcher, les numéros inférieurs étant pris les premiers. Après que la commission de département a reçu le procès-verbal des opération du conseil de milice, elle détermine selon les besoins dans quelle arme entreront les conscrits. Enfin elle arrête le numéro final (abschlussnumer) au-delà duquel on n’est plus obligé de partir. Ceux qui ont un numéro plus élevé que l’abschlussnumer ne sont pas cependant définitivement exemptés ; ils restent, suivant l’expression officielle, disponibles, c’est-à-dire qu’ils demeurent à la disposition du gouvernement, et peuvent être appelés, en cas de besoin, pendant les sept ans que dure le service actif. Quand une circonscription de brigade (regierungsbezirk) ne peut pas fournir le contingent nécessaire, le surplus est demandé aux autres cercles de la province.

Le principe qu’en Prusse chacun se doit à la défense du pays ne doit donc pas s’entendre, comme on le croit assez généralement, dans le sens que tout homme passe par l’armée. Le nombre des jeunes gens valides qui atteignent leur vingtième année est toujours supérieur au chiffre de ceux que l’état peut entretenir sous les armes. Le sort désigne ceux qui sont exemptés jusqu’à nouvel ordre. L’obligation universelle de servir signifie seulement qu’en cas de besoin tout le monde peut être appelé sous les drapeaux, et que nul n’a le privilège de s’en dispenser par voie d’exonération, de remplacement ou de substitution.

Citons maintenant quelques chiffres qui donneront une idée du résultat des opérations que nous venons d’indiquer. La première donnée qu’il faut connaître, c’est le nombre des jeunes gens qui atteignent chaque année l’âge du service et qui forment ainsi ce que l’on appelle la classe. Le journal du bureau royal de statistique de Berlin, publié par M. Engel, porte la classe de 1855 à 147,613 hommes, celle de 1858 à 155,692, celle de 1861 à 165,162, enfin celle de 1864 à environ 170,000. En France, la classe de 1863 s’élevait à 323,000. En Prusse comme en France, plus de la moitié de la classe est exemptée pour défaut de taille, de force ou de santé [1].

  1. Ce chiffre semble ne pas concorder avec celui que M. Cochut a cité dans son intéressant travail sur la réorganisation de l’armée en France (voyez la Revue du 1er février), et qui est cependant emprunté à un tableau officiel du recrutement. D’après ce tableau, 105 conscrits seulement sur 1,000 seraient versés dans l’armée, ce qui ne ferait qu’un dixième. Comme le contingent annuel est de 63,000 hommes, il faudrait que la classe donnât environ 600,000 hommes, tandis qu’elle n’en offre que 170,000. D’où vient donc cette contradiction apparente ? De la façon dont les conseils de milice forment leur tableaux. Ils y inscrivent d’abord la classe de l’année, puis tous les hommes des classes antérieures sur l’exemption desquels on n’a pas encore prononcé. On est arrivé ainsi en effet, pour l’année 1862, a une masse brute de 597,355 conscrits, sur laquelle on a trouvé aptes au service 69,513 hommes et levé 62,517, ce qui fait en réalité 105 sur 1,000, mais point, bien entendu, sur la classe d’une année. Il faut contrôler les tableaux publiés par M. Engel dans le n° 3 (1864) de son Zeitschrift avec ceux du n° 7 de la même année qui rectifient singulièrement les premiers.