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dans le nord de l’Europe; 42 habitent les plaines du canton de Zurich. Ainsi donc la moitié des plantes dites alpines, c’est-à-dire propres aux hautes régions des Alpes et des Pyrénées, sont des plantes boréales; elles se sont avancées du nord vers le sud pendant la période de froid; puis, le climat s’étant radouci après le retrait des glaciers, elles ont disparu presque toutes dans les plaines, mais se sont réfugiées sur les montagnes, où elles retrouvaient le climat des régions arctiques, leur patrie originelle.

Nous avons déjà vu qu’après la première époque glaciaire une végétation semblable à celle qui le couvre aujourd’hui s’était établie dans le bassin du lac de Zurich, tandis que les animaux, éléphans, rhinocéros, bœufs, ours des cavernes, qui habitaient ces forêts marécageuses, ont complètement disparu. C’est donc probablement pendant la seconde époque glaciaire que la flore Scandinave a envahi les parties basses de la Suisse. A la même époque, les blocs erratiques des Alpes ont aussi transporté et naturalisé sur quelques sommets du Jura le rosage ferrugineux [1], et sur les anciennes moraines des environs de Zurich le lin des Alpes [2], associé à un épilobe [3], comme il l’est encore sur les moraines des glaciers actuels. Nous avons aussi parlé des deux invasions végétales de l’Angleterre, la première venant du nord pendant la première époque glaciaire, la seconde de la France et de l’Allemagne pendant et après la seconde; nous n’y reviendrons pas.

Les dépôts de coquilles émergés par le soulèvement des côtes de la Scandinavie, de l’Ecosse ou du pays de Galles, ont dévoilé le caractère boréal de la faune malacologique des mers pendant la première époque glaciaire. Toutefois on a constaté dans l’Amérique du Nord que les coquilles des terrains supérieurs au drift glaciaire se retrouvaient encore dans les eaux qui baignent les côtes du Canada et des États-Unis : il ne faut pas s’en étonner. Le climat de ces pays ne s’est pas radouci comme celui de l’Europe depuis la période glaciaire. A latitude égale, dans la partie septentrionale des États-Unis les hivers sont beaucoup plus rudes que sur les points correspondans en Europe. Au nord du cap Cod, la mer n’est plus réchauffée par les eaux tièdes du gulf-stream, mais au contraire elle est refroidie par le courant glacial de la baie de Baffin. La mer a conservé sensiblement la même température; comment s’étonner que sa faune soit restée la même?

La vie n’a donc pas cessé sur notre globe pendant la longue période de froid qu’il a traversée : elle s’est manifestée sous d’autres formes; quelques espèces ont péri, d’autres se sont maintenues. Des invasions végétales ont repeuplé les contrées jadis couvertes

  1. Rhododendron ferrugineum.
  2. Linum alpinum.
  3. Epilobium Fleischerianum.