Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 68.djvu/215

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de glace: certains animaux, le renne, le bœuf musqué, le glouton, ont émigré vers le nord; d’autres, les hippopotames, les éléphans, ont péri ; mais deux d’entre eux, le mammouth ou éléphant velu, et le rhinocéros à narines cloisonnées, se trouvent encore ensevelis en chair et en os dans la terre glacée du nord de la Sibérie. Ces animaux étaient si nombreux que le commerce de l’ivoire alimenté par leurs défenses s’élève annuellement à 30,000 kilogrammes. Middendorff a vu dans la presqu’île de Taimyr un mammouth enfoui dans les alluvions fluvio-marines; il pense que le climat de ces contrées n’a pas changé, et que les cadavres de ces animaux, entraînés du sud au nord par les rivières débordées de la Sibérie, ont été charriés avec les glaces et recouverts par les terrains d’alluvion des fleuves et de la mer. Brandt au contraire, s’appuyant sur ce fait que beaucoup de ces pachydermes ont été trouvés debout, noyés dans la vase, en conclut qu’ils ont péri là où ils ont vécu, en s’enfonçant dans le sol boueux déposé par les fleuves sibériens. Il ajoute que le climat devait être plus doux et la végétation de la Sibérie plus riche en essences forestières et en plantes herbacées qu’elle ne l’est actuellement, car ces animaux n’auraient pas pu subsister dans une zone dépourvue de bois et pauvre en plantes herbacées. Les deux opinions sont en présence; l’avenir décidera.

L’académie de Saint-Pétersbourg comprend toute l’importance de cette question; elle a pris les mesures nécessaires pour que la découverte d’un nouveau mammouth, trouvé en chair et en os, ne soit pas perdue pour la science, et lui fournisse toutes les lumières que réclame l’histoire de ces animaux éteints, mais contemporains de l’homme dans une grande partie de l’Europe pendant la longue période que nous venons d’esquisser.


V. — DE L’EXISTENCE DE L’HOMME PENDANT LA PKRIODE GLACIAIRE.

C’était un article de foi dans l’ancienne géologie que la création de l’homme avait clos l’ère des révolutions dont notre globe a été le théâtre. Il n’y a point eu de révolutions du globe. Les changemens prodigieux que nous constatons à la surface de la terre se sont opérés et s’opèrent encore avec une lenteur extrême. Le temps remplace la force. L’homme existait pendant la période glaciaire; nous n’en conclurons pas qu’il ait apparu à cette époque pour la première fois. Dans l’état présent de nos connaissances, nul ne peut dire quand ni comment cette apparition a eu lieu. L’homme a-t-il été créé séparément, comme l’enseigne la tradition, ou bien n’est-il que l’évolution suprême et définitive du règne organique? La science pose ces problèmes sans les résoudre. L’orgueil humain se complaît dans l’une ou dans l’autre de ces deux hypothèses. Cependant la