Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 68.djvu/438

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connus, voulut faire accepter au gouvernement annamite un traité analogue à celui qu’elle avait obtenu de Siam. Les négociations pacifiques ayant échoué, une expédition combinée avec l’Espagne se dirigea contre Touranne, au centre même de l’empire d’Annam, en dehors du bassin du Mékong. Une résistance plus obstinée qu’on ne s’y attendait contraignit l’amiral Rigault de Genouilly à s’établir dans le pays. Descendant au sud, il choisit comme siège d’une occupation qui à l’origine semblait ne devoir être que provisoire, la capitale de la vice-royauté de Basse-Cochinchine, Saigon, située sur un fleuve navigable, dans une contrée riche et cultivée. Le corps expéditionnaire y conservait ses communications avec la mer et trouvait des ressources en subsistances. Divers incidens prolongèrent l’occupation tout en la bornant à Saigon. Enfin en 1861, les Annamites persistant dans leur refus de traiter, l’amiral Charner sortit de ce rôle d’attente et d’observation pour étendre la conquête. Il eut bientôt enlevé Mytho, à l’ouest de Saïgon. Son successeur, l’amiral Bonard, emporta Bienhoa à l’est, et, sans dépasser le Mékong à l’ouest, s’étendit au nord jusqu’à la frontière cambodgienne. C’est alors que la cour de Hué, songeant à arrêter des progrès trop rapides, envoya au quartier-général français deux plénipotentiaires qui signèrent le 5 juin 1862 un traité dont les clauses laissaient la France maîtresse des trois provinces de Bienhoa, de Saïgon et de Mytho, tandis que les trois autres demeuraient à l’Annam. Le territoire devenu français est ainsi limité : à l’est par la frontière de l’ancienne province annamite de Binthuan, à l’ouest et au nord-ouest par l’embouchure la plus orientale du Mékong, sur laquelle s’élève Mytho, au nord par la frontière cambodgienne. Les autres embouchures du Mékong demeurent enclavées dans le territoire annamite.

Si l’on s’attache à examiner la position de la conquête française, soit sous le rapport de la facilité et de l’abondance des transactions commerciales, soit au point de vue de la sécurité et de la tranquillité intérieures, on voit qu’avec des avantages sérieux elle offre ainsi des inconvéniens manifestes, et l’on est induit à penser qu’aux yeux du négociateur elle n’eut probablement rien de définitif. Saïgon, au centre des établissemens, à distance à peu près égale des deux frontières extrêmes, est mis par le fleuve Soirap en communication directe et facile avec l’océan. Ce chef-lieu de nos possessions n’est pas malaisé à défendre contre une attaque venue de la mer. Des batteries élevées le long du fleuve, une suite de barrages et d’estacades en interdiraient facilement l’accès, déjà difficile par suite de méandres et de détours nombreux. L’îlot de Poulo-Condor, qui appartient également à la France, sert de poste avancé