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contemplation de la nature divine nous place dans un inextricable dilemme. » En un mot, Dieu est peut-être la chose à laquelle l’humanité a le plus pensé, et Dieu n’est point pensable.

En résumant ainsi la doctrine de Hamlton, il me semble déjà y opposer la plus forte objection de fait, car disserter ainsi sur la notion de Dieu, c’est en avoir une et cette objection, a été développée avec beaucoup de sagacité, de justesse et de clarté par le Dr Calderwood. Son livre sur la Philosophie de l’Infini est un exposé satisfaisant et méthodique des idées reçues par la philosophie et la théologie courantes de l’Ecosse et de l’Angleterre. Nous n’hésitons pas à dire que l’auteur a raison contre ses ingénieux adversaires ; mais peut-être a-t-il un peu affaibli sa thèse en acceptant trop facilement les termes dans lesquels ceux-ci avaient eux-mêmes posé la question.

Ainsi il remarque fort bien que M. Mansel pourrait être embarrassé de soutenir son dire, s’il avait le courage de substituer le nom de Dieu à l’expression d’être infini ou absolu, et qu’il lui en coûterait d’écrire en toutes lettres que Dieu est le nom d’une contradiction. Cela est vrai ; mais si M. Mansel facilite son argumentation en se servant exclusivement des termes d’infini et d’absolu, M. Calderwood ne compromet-il pas un peu la sienne en les adoptant sans observation ? En effet quel est son raisonnement fondamental ? C’est qu’il est impossible que les lois de la conscience et de la pensée soient en contradiction avec les convictions premières de notre esprit, et qu’une croyance nécessaire ne peut reposer sur une idée contradictoire ; mais avant de soutenir ce point incontestable n’aurait-il pas été à propos d’examiner si la croyance et l’idée sont identiques ? Aussi bien que Hamilton et que le Dr Mansel, M. Calderwood admet que tous les hommes croient à l’être infini et absolu. Si l’on veut dire que leur foi en Dieu suppose cette idée, je ne voudrais pas le contester de tout point ; mais il me semble que c’est l’analyse philosophique qui a tiré d’une croyance implicite cette conséquence et cette interprétation. Le consentement universel, si souvent invoqué, par le théisme, n’implique pas que l’humanité ait une conscience distincte de ces définitions tardivement inventées. Je veux bien ne pas scruter trop sévèrement le sens et la portée de cette sorte d’unanimité religieuse. Il serait malaisé de prouver que la religion la plus répandue, dit-on, sur le globe admette un Dieu distinct, personnel et libre. J’aime mieux reconnaître que l’homme croit naturellement et généralement en un être supérieur à lui et au monde, auteur de l’ordre ou de l’existence des choses, souverainement sage et souverainement puissant. Cette rédaction excède peut-être la portée de la croyance universelle, elle n’est certainement pas en-deçà. Signifie-t-elle qu’en fait