Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 70.djvu/872

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25 août 1829, il assistait à la pose de la première pierre de l’église Saint-Louis, que la ville de Munich l’avait d’avance chargé de décorer, Cette église forme une croix dont la branche terminale, c’est-à-dire le chœur, offre sur chacune de ses parois une vaste fresque : ce sont la Nativité, le Crucifiement, et derrière le maître-autel le Jugement dernier. Le plafond au-dessus du maître-autel a reçu également des peintures qui représentent Dieu, créateur et conservateur du monde, au milieu des hiérarchies célestes, et sur la voûte de la nef transversale on voit le Saint-Esprit entouré du cortège des représentans de l’église militante. Ces peintures forment un ensemble dont le sens est facile à saisir : elles sont l’expression visible du dogme de la Trinité, clef de voûte de l’édifice catholique, elles résument dans les scènes de la création du monde, de la naissance de Jésus-Christ, de la rédemption, de la réparation finale, les principaux épisodes du drame universel au point de vue religieux. Ainsi, après avoir traversé la barbarie guerrière et les sorcelleries du moyen âge allemand, après s’être enfoncé dans l’obscurité des fables helléniques, Cornélius se jetait, pour n’en plus sortir, dans les profondeurs des mystères chrétiens.

Le Crucifiement, par où il avait commencé, et plusieurs autres morceaux étaient achevés dès 1835. Il abordait enfin l’exécution d’une œuvre dont il avait conçu la pensée pendant son premier séjour à Rome, sans doute dans un mouvement de téméraire émulation produit en lui par la vue des grandes fresques de la chapelle Sixtine. Il entreprenait à son tour un Jugement dernier, et il l’achevait en 1840. Un peu plus de quatre années pour couvrir une surface de 2,500 pieds carrés, tandis que Michel-Ange avait mis sept ans entiers à terminer une fresque qui n’en a que 1,800, c’est bien peu sans doute, et l’on s’inquiète en dépit de soi d’une si étonnante rapidité. Il est vrai que l’œuvre de Michel-Ange ne comprend pas moins de 390 figures, et que dans celle de Cornélius on n’en compte guère plus de 130. N’importe, on voit que l’artiste a dû céder aux excitations importunes du roi, songer à satisfaire une autre pensée que la sienne, et l’œuvre s’en ressent. On regrette moins à cause de cela que, placée comme elle l’est au fond d’un chœur qu’aucune fenêtre n’éclaire, cette page immense soit d’ordinaire ensevelie dans une pénombre que l’œil a peine à percer, et qui n’est dissipée que certains soirs d’été, lorsque le soleil envoie à travers la porte ses rayons obliques et y répand une lumière faussée par le voisinage de l’horizon.

Cet ouvrage, trop vanté avant d’être livré aux regards, ne répondit qu’imparfaitement à ce qu’on attendait. Jusque-là Cornélius