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le monde sait que, lui aussi, il porte à son écusson le fleuron littéraire.

Les arrangemens de M. Disraeli pour la reconstitution de son cabinet ne pouvaient être traversés d’aucune difficulté. Lord Stanley, qui est, lui aussi, du bois dont se font les premiers ministres, a certainement applaudi à l’élévation du chef et de l’ami auquel il a en toute circonstance prêté un concours sympathique. Ce changement a permis une promotion qui sera fort utile au débat pour la direction de la chambre des lords. Lord Cairns est nommé grand-chancelier. Il avait été nommé lord chief justice à la formation du cabinet Derby. La fortune de lord Cairns a été rapide, mais il la doit à son talent. Il n’était pas seulement un des membres les plus éminens du barreau anglais, il faisait preuve d’une grande force d’esprit politique dans les débats de la chambre des communes ; il pourra être un leader excellent de la chambre des pairs, qu’il va présider.

Les affaires internationales d’Europe demeurent dans le même état d’incertitude confuse ; c’est une houle fatigante, mais il n’y a aucun signe de tempête prochaine. Chaque état a ses embarras et ses incidens. La Prusse, si heureuse en 1866, est cette année visitée par le fléau cruel de la disette,, la famine sévit dans les provinces du nord-est. La scène de Hietzing, la fête du vingt-cinquième anniversaire du mariage du roi aveugle, la revendication véhémente du dernier guelfe, ont été des répliques inattendues à l’indemnité de dépossession que les chambres prussiennes venaient de voter avec répugnance pour le roi de Hanovre, La Prusse évidemment ne voudra plus desserrer sa bourse. L’ancien électeur de Hesse, indemnisé, lui aussi, montre une égale confiance dans les réparations que lui doit l’avenir. Les élections pour le parlement du Zollverein ont eu lieu dans la plus grande partie des états du sud. Le succès, même dans le grand-duché de Bade, qui a pris un général prussien pour ministre de la guerre, a été inférieur aux espérances du parti unitaire. L’Autriche a eu cette année une grande bénédiction naturelle, une excellente récolte, qui a fait d’elle un grenier d’abondance et lui a imprimé un profitable mouvement commercial. Plus heureuse au point de vue économique, ayant complètement réussi dans le rétablissement de l’autonomie hongroise, elle ressent des tiraillemens prolongés dans sa région cisleithane. Là l’élément germanique, représenté au ministère et dans le reichstag, ne se défait point de ses préjugés de centralisation ; l’influence du prince Auersperg et de M. de Schmerling réagirait contre le régime des autonomies, et celles-ci au contraire, prétextant des défiances incurables contre l’ascendant allemand, se livrent aux agitations panslavistes fomentées surtout par la presse tchèque. On va jusqu’à dire que les tendances des Allemands centralisateurs pourraient influer sur la politique extérieure de l’Autriche, pousser cette politique vers l’alliance de la Prusse et de la Russie, et l’éloigner d’une entente intime avec la France. Il y a là sans contredit des pensées incertaines, des