Page:Revue des Deux Mondes - 1868 - tome 75.djvu/494

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dant même alors il sent qu’il ne peut se faire le champion aveugle de toutes les inégalités, des injustices sur lesquelles celle-ci est fondée, et qu’il faut faire du nouveau pour rajeunir le système des églises officielles. M. Lowe demandait que l’on coupât le rejeton stérile; M. Disraeli imagine de le greffer. Lord Mayo, secrétaire du gouvernement d’Irlande, laisse entrevoir un plan qui, d’après lui, satisferait les catholiques sans toucher à l’édifice de l’église d’état, et qui, pour employer ses propres expressions, « rétablirait l’égalité sans rien détruire, en élevant au lieu d’abaisser. » Ces paroles ne peuvent avoir qu’un sens, la dotation plus ou moins considérable, plus ou moins directe du clergé catholique; mais ce plan, à peine indiqué à la dernière heure, n’ébranle aucune conviction, et après dix heures de séance la chambre prononce enfin sa sentence.

Cette sentence vient d’être confirmée le 1er mai au matin par un nouveau vote où la première des trois résolutions de M. Gladstone a été acceptée par une majorité un peu plus forte que celle qu’il avait ralliée un mois auparavant : 65 voix au lieu de 61. Le temps qui s’est écoulé entre ces deux votes donne au second une véritable importance. En effet, si la première décision de la chambre avait été contraire au sentiment du pays, ce sentiment, qui a tant de moyens de se faire connaître, se serait clairement exprimé, les députés qui ont profité des vacances de Pâques pour visiter leurs collèges seraient revenus avec la conscience qu’ils avaient fait fausse route, la majorité qui avait soutenu M. Gladstone aurait été dissoute ou singulièrement affaiblie, et la victoire éphémère de l’opposition se serait transformée en une éclatante défaite. Il n’en a rien été. La majorité s’est retrouvée aussi compacte qu’avant la trêve; mais la discussion n’a pas offert le même intérêt : le sujet, il faut le dire, était épuisé. A la bataille rangée a succédé une mêlée générale. Les orateurs se sont efforcés moins de convaincre leurs collègues que de motiver leur conduite ; ils se savaient surveillés de près par leurs électeurs, et ni d’un côté ni de l’autre ils ne pouvaient compter sur la bienveillance d’une puissante administration pour couvrir de ses ailes un vote impopulaire. Quelle ardeur parmi les six cents membres assis dans l’étroite enceinte de la chambre pour saisir l’occasion de placer leur discours! Dans la première discussion, une sorte de programme avait été fait par chaque parti, et dès qu’un orateur avait cessé de parler, ses adversaires lui opposaient un autre orateur connu. Aussi, quoique le règlement anglais ignore les tours d’inscription, et que la parole appartienne à celui qui a le premier attiré l’attention du président, la chambre, usant de son droit, demandait toujours à entendre celui dont le nom lui promettait un discours intéressant, et plus de cinquante membres, après avoir passé quatre nuits à se lever inutile-