Page:Revue des Deux Mondes - 1868 - tome 76.djvu/390

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mènes de la vie. Aselli veut poursuivre sa recherche, mais cette fois il ne peut apercevoir aucun vaisseau blanc. Un éclair traverse son esprit; il songe que le premier chien avait mangé avant d’être l’objet de son examen; alors, faisant choix d’un autre animal, il lui donne un copieux repas et le sacrifie peu de temps après. Le spectacle dont il avait été si émerveillé se représente à ses yeux. Aselli avait découvert les vaisseaux lactés, c’est-à-dire les chylifères, dont le rôle avait été attribué aux veines. Il s’agissait de savoir où les vaisseaux lactés conduisent le chyle; sur ce point, Aselli se méprit entièrement : il crut que le chyle était porté au foie, une erreur des anciens.

Un étudiant en médecine de la faculté de Montpellier, Jean Pecquet, né à Dieppe vers 1620, eut le mérite de faire disparaître l’erreur et d’apporter une vérité nouvelle. Pecquet aperçut le réservoir du chyle et le canal qui, traversant la poitrine, conduit le chyle à la veine sous-clavière pour le verser dans le sang. C’était en 1648. Deux ans plus tard, un jeune Suédois, Olaüs Rudbeck, observe les vaisseaux lymphatiques qui rampent sur le foie, et constate qu’ils se rendent dans le réservoir du chyle. Peu de temps après, un anatomiste danois, Thomas Bartholin, voit également les vaisseaux lymphatiques, et comme il les étudie avec un soin extrême, une persévérance inouie, il les trouve dans toutes les parties du corps. Ainsi fut complétée la connaissance du système vasculaire de l’homme et des animaux supérieurs.

La passion des découvertes enflammait chaque jour un plus grand nombre de penseurs. Ne devait-il pas y avoir dans des relations suivies, dans un perpétuel échange d’idées entre les investigateurs, plaisir et profit pour tous et avantage manifeste pour le progrès scientifique? Il suffisait d’y songer pour en être persuadé et pour attendre les plus heureux résultats de communications fréquentes, de causeries sur les sujets en discussion, d’efforts généraux pour donner publicité aux œuvres dignes d’intérêt. Alors se formèrent des réunions de savans et bientôt se constituèrent des académies. L’apparition des académies ou des grandes sociétés savantes au XVIIe siècle a ouvert une ère des plus brillantes en donnant une prodigieuse impulsion aux travaux. On se préoccupait de créer des facilités pour l’investigation, d’établir des correspondances avec les savans isolés, de répandre leurs écrits. L’inanité de la philosophie scolastique était désormais reconnue d’une manière générale, et les hommes de recherche, se considérant comme des philosophes, étaient surexcités par le sentiment que la source de la vraie philosophie ne peut résider ailleurs que dans la connaissance de la nature et particulièrement des phénomènes de la vie.