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correspondances avec le pape à Savone ? demanda le duc de Rovigo ? avez-vous vu un bref du pape au cardinal Maury ? Donnez votre démission, et tout sera fini. — Je ne puis. — Donnez, dis-je, votre démission, ou vous êtes mon prisonnier. — Je serai alors votre prisonnier. » A la nuit, ce fut M. Real qui intervint. Après avoir été faire à la maison de l’abbé d’Astros la visite de tous ses papiers, le conseiller d’état chargé du département de la police interrogea derechef le malheureux grand-vicaire. « L’empereur, lui dit-il, ne se met plus en peine de votre démission ; mais il veut absolument savoir qui vous a remis le bref du pape, et si vous ne le dites, vous ne reverrez plus votre famille, et il ajouta plus bas, ni peut-être la lumière[1]. » L’abbé d’Astros refusa, et la police était plus embarrassée que jamais, car on n’avait rien trouvé d’important dans ses papiers. Alors, se servant de l’une de ces ruses familières aux plus bas employés de son ministère, le duc de Rovigo s’adressa lui-même à l’abbé : « Nous n’avons plus besoin que vous nous disiez à qui vous avez montré le bref. Vous l’ayez montré à votre cousin. Il me l’a dit. » L’abbé d’Astros tombait des nues. Il pensa que M. Portalis avait tout raconté de son propre mouvement, et sans plus de difficultés il convint de ce qui s’était passé dans le cabinet du directeur-général de la librairie. C’était là tout ce que l’on voulait de lui. Il ne s’agissait plus que de statuer sur son sort. Napoléon, dépité : de ne pas trouver un complot mieux conditionné pour justifier sa vengeance, n’en déclara pas moins qu’il fallait faire fusiller l’abbé d’Astros. « Souvent, au milieu de ses accès de colère, il y avait un moment où le grand homme devenait trivial, dit le biographe ecclésiastique de l’abbé d’Astros. Il descendait alors jusqu’aux plus grossiers procédés, si les victimes étaient présentes, ou jusqu’à des menaces hyperboliques, si elles étaient absentes, a M. Regnault de Saint-Jean-d’Angely fit observer à son maître qu’il flétrirait une gloire bien belle dans une querelle bien petite. « Eh bien ! s’écria l’empereur, qu’on le jette en prison pour toute sa vie[2]. » L’abbé d’Astros fut en effet conduit peu d’heures après à Vincennes, où il resta enfermé jusqu’à la chute de l’empire. Parmi les membres du clergé, il ne devait pas d’ailleurs être seul à souffrir du courroux excité chez l’empereur par la bulle relative au cardinal Maury. Peu de temps après, les portes du donjon de Vincennes s’ouvraient pour recevoir les cardinaux di Pietro et Gabrielli. Ce dernier avait d’abord été conduit à la prison de La Force, où il avait été enfermé pendant quinze jours avec deux scélérats qui

  1. Mémoire de l’abbé d’Astros sur leBsévénemens qui précédèrent sa captivité.
  2. Vie de M. le cardinal d’Astros, par le R. P. Caussette.