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fon avait repris sur ce sujet l’opinion émise par de Maillet. En dehors des cataclysmes et des soulèvemens subits, il supposait que toute, une série de montagnes avait pu être élaborée lentement au fond des mers par le flux et le reflux. « Je puis supposer légitimement, disait-il, que le flux et le reflux, les vents et toutes les autres causes qui agitent la mer, doivent produire au fond des eaux des éminences et des inégalités qui seront toujours composées de couches horizontales ou également inclinées. Ces éminences pourront avec le temps augmenter considérablement et devenir des collines, puis des chaînes de montagnes. Ces hauteurs une fois formées feront obstacle à l’uniformité du mouvement des eaux ; entre deux hauteurs voisines, il se formera un courant qui suivra la direction commune des collines, et coulera comme coulent les fleuves de la terre en formant un canal dont les angles seront alternativement opposés dans toute l’étendue de son cours. Ces hauteurs formées au-dessus des surfaces du fond pourront augmenter encore de plus en plus, car les eaux qui n’auront que le mouvement du flux déposeront sur la cime le sédiment ordinaire, et celles qui obéiront au courant creuseront le vallon au pied des montagnes. « Voltaire s’élève contre cette étrange imagination, qui est passée du livre de Telliamed dans l’Histoire naturelle imprimée au Louvre[1], « comme un enfant inconnu et exposé est quelquefois recueilli par un grand seigneur. » Il déclare que le flux peut bien amonceler un peu de sable, mais que le reflux l’emporte aussitôt, et qu’il n’y a pas là matière à la naissance d’une montagne. D’ailleurs, en même temps qu’il fait naître les monts au fond des mers, Buffon les fait détruire sur terre par l’eau du ciel ; il remarque que les pluies entraînent sans cesse les matières placées sur les hauteurs, qu’il y a là une cause puissante de nivellement, et que les sommets des continens peuvent ainsi s’abaisser pour être ensuite envahis de nouveau par l’océan. C’est là une supposition que Voltaire n’admet pas plus que la précédente ; l’abaissement et l’élévation des montagnes lui répugnent également. « Il est évident, dit-il, que l’un des deux systèmes est faux, et il n’est pas improbable qu’ils le soient tous deux. » Il ne voit qu’une conception monstrueuse dans ce mouvement de bascule qui changerait tour à tour la terre en océan et l’océan en terre ; il rappelle l’auteur de l’Histoire naturelle à l’examen des faits et lui fait remarquer qu’il a dit lui-même : « La mer irritée s’élève vers le ciel et vient en mugissant se briser contre les digues inébranlables qu’avec tous ses efforts elle ne peut ni détruire ni surmonter. La terre élevée au-dessus du niveau de la mer est à jamais à l’abri de

  1. L’Imprimerie royale était située dans les bâtimens du Louvre.