Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 79.djvu/769

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direction de l’intérieur. Là on se trouve en présence d’une compagnie de soldats d’infanterie de marine, l’arme au bras. Le directeur de l’intérieur ne paraît pas ; mais on voit arriver le maire, qui parlemente de nouveau avec la foule. Cette fois il promet, au nom du gouverneur, le départ de M. Buet pour la France. Cependant l’attroupement ne se dissipe pas. Près de 3,000 personnes sont là, non pas seulement des jeunes gens, comme la veille, mais des personnes de tout âge et de toute profession. La situation toutefois ne paraît pas encore alarmante. La foule n’est pas armée, elle ne songe point à attaquer la direction de l’intérieur. C’est une manifestation, un peu tumultueuse sans doute, mais non pas une émeute. Encore y a-t-il là au moins autant de gens venus comme simples curieux que pour prendre part à la manifestation, par exemple M. de Keating, le secrétaire-général de la direction de l’intérieur. Sur ces entrefaites arrive le gouverneur en costume de contre-amiral, accompagné de la gendarmerie à pied et à cheval. Un seul de ses chefs de service, l’ordonnateur, M. de Laborde, l’accompagne. Il est accueilli par les cris de vive le gouverneur ! vive l’empereur ! à bas les jésuites ! à bas le conseil-général ! à bas Lagrange ! Il harangue la foule, il la calme tant bien que mal. On est sur le point de se retirer lorsque arrive M. Paul de Villèle, en proie à une émotion visible. Il annonce que le collège des jésuites, où se trouvent ses enfans, vient d’être attaqué et va être mis à sac.

En effet, pendant que la manifestation proprement dite, la manifestation politico-religieuse dont nous venons de parler, avait lieu devant la direction de l’intérieur, une bande de 200 ou 300 personnes appartenant à la partie la plus misérable de la population s’était portée vers le collège des jésuites pour s’y livrer à des actes de déprédation. Une porte avait été enfoncée, un magasin avait été pillé. Le principal corps de bâtiment, où se trouvaient les élèves, n’avait pourtant pas été attaqué. La gendarmerie à cheval se transporta rapidement sur les lieux. Le gouverneur lui-même arriva quelques minutes après, suivi par la gendarmerie à pied et par la plus grande partie de la foule qui venait de se livrer à une manifestation devant la direction de l’intérieur. Une charge exécutée par la gendarmerie, sabre en l’air, suffit pour dissiper les pillards. Dans le courant de la soirée, une bande d’environ 200 hommes voulut attaquer l’établissement de la Providence. Cette bande, pas plus que la précédente, n’était armée. Une charge à la baïonnette, exécutée par une compagnie d’infanterie, la repoussa. Le gouverneur était revenu à son hôtel, après avoir traversé la ville dans toute son étendue, traînant toujours à sa suite le personnel de la manifestation. Nous venons de raconter les deux faits les plus graves qui peuvent