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l’usage de la langue française et les traditions d’une vie intellectuelle plus raffinée ont introduit d’autres élémens; cependant, même dans ces villes, le mouvement des trente dernières années a eu pour effet de développer l’industrialisme de la Suisse allemande. » En somme, l’éducation que reçoivent les jeunes Suisses rappelle assez bien celle des jeunes Écossais, elle produit plutôt un peuple éclairé que des esprits d’élite. Déjà la Suisse manque de professeurs pour le haut enseignement; elle est obligée de les emprunter à l’Allemagne. Encore, si bien payés qu’ils soient à l’université et au Polytechnicum, ces professeurs ne font pas long séjour à Zurich, parce que le milieu n’est pas favorable aux spéculations désintéressées de la science et aux calmes études de la littérature. En un mot, l’instruction supérieure est presque absente. Toutefois, dans la sphère modeste où il se maintient, ce petit pays donne un grand exemple : l’enseignement est libre, l’ouverture d’une école privée n’est assujettie qu’à des mesures d’ordre peu sévères; cependant tout le monde va aux écoles publiques, et les écoles privées qui subsistent ne reçoivent guère que des enfans étrangers qu’attire une ancienne réputation plus ou moins usurpée. C’est à coup sûr une grande présomption de sagesse en faveur des organisateurs de l’enseignement officiel que cette préférence accordée aux écoles publiques dans une contrée où chacun est instruit et sait raisonner.

Quand ce ne serait que par respect pour d’antiques traditions, il serait injuste de laisser de côté l’Italie dans une revue de l’enseignement secondaire en Europe. Si Paris fut le centre du grand mouvement universitaire des XIe et XIIe siècles, si Paris eut toujours la prééminence pour la théologie, que l’on considérait alors comme la plus noble des études, l’Italie a eu des universités avant la France, car on prétend que l’université de Pavie a été fondée par Charlemagne. Bologne fut célèbre au moyen âge par ses écoles de droit canon et de droit civil; il y avait 12,000 étudians dans cette ville. Salerne acquit une égale réputation par l’enseignement de la médecine. Il paraîtrait que l’influence du clergé catholique contribua par la suite des temps, comme en Angleterre le respect pour des usages archaïques, à écarter de l’enseignement public les réformes que le progrès des idées rendait indispensables. M. Arnold en convient : il n’y a rien, dit-il, qui ressemble plus à Eton ou à Harrow qu’une école romaine. — En fait d’instruction, ne pas avancer, c’est décroître : seulement la décadence est apparue plus vite en Italie qu’en Angleterre. Les universités italiennes, si florissantes quelques siècles auparavant, en arrivèrent à être considérées bien moins comme des centres d’instruction que comme des corporations aptes à conférer des diplômes, et, conséquence nécessaire, les exa-