Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 80.djvu/229

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


quoique très visible. Nous entendions naguère un appel naïf et touchant à ces mesures philanthropiques. Un vieux marin qui avait perdu son fils, unique soutien de sa vieillesse, dans un naufrage lointain, opposait, et cela sans aigreur, sans amertume, son dénûment absolu à l’état de l’armateur indemnisé. Sa plainte n’était que la suggestion du bon sens en présence d’une inégalité choquante.

Le groupe maritime du bas de la Loire réclame d’autres améliorations à son sort. Les besoins à satisfaire pourraient presque se résumer, pour Saint-Nazaire et pour son district, en un seul mot : activer le travail. C’est le travail qui a surtout manqué, et il a naturellement manqué du même coup pour les gens de mer et pour les ouvriers des nombreuses professions tenant à la marine. Que le mal soit dérivé des faux calculs de la spéculation, des vicissitudes industrielles ou de l’absence de certaines institutions spéciales, l’effet en a été cruellement ressenti par la population ouvrière. Le temps seul pourra réparer certaines erreurs et certains égaremens. De réels soulagemens, d’utiles impulsions, résulteraient néanmoins dès à présent de différentes mesures, comme la réouverture des chantiers de Penhouët. Un intérêt analogue s’attache aux travaux du second bassin ainsi qu’à l’achèvement de la forme sèche en cours d’exécution et destinée au radoub des navires. Dans un autre ordre d’idées, l’activité imprimée à la construction du chemin de fer de Saint-Nazaire à Guérande et au Croisic répond à des besoins analogues. C’est avec raison qu’on regarde ce prolongement comme une annexe indispensable de la voie ferrée de Nantes à l’embouchure de la Loire, qui a véritablement renouvelé l’état économique de tout ce pays. Les établissemens intéressant la marine, tels que l’entrepôt, la chambre de commerce, mettraient le port en possession de tous ses avantages naturels. Avant aucune autre, il réclame les institutions concernant la cité elle-même, et destinées à favoriser l’expansion des entreprises particulières.

Les associations libres, qui peuvent revêtir tant de formes, conviendraient à merveille pour la défense des intérêts communs. Plus les forces se resserreront, et mieux elles pourront, dans les questions qui échappent à la sphère de l’action individuelle, faire valoir l’intérêt local auprès de l’autorité compétente. On doit se prémunir sur ce point contre une sorte de confusion assez ordinaire dans le langage, et qui pourrait avoir quelques inconvéniens dans la pratique. A entendre certaines formules, il semblerait qu’on fût ici dans le domaine des concessions purement gracieuses, autrement dit de la faveur. Rien de moins exact. La solution des problèmes économiques relatifs au port et au commerce de Saint-Nazaire est subordonnée à des considérations d’un tout autre ordre. L’essentiel,