Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 82.djvu/322

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Le premier type qui se soit nettement accusé est celui de l’ammoniaque. Depuis longtemps les chimistes groupaient instinctivement autour de « l’alcali volatil » une série d’alcaloïdes naturels qui lui ressemblent, qui présentent comme lui une odeur forte et piquante, une grande solubilité dans l’eau, une alcalinité prononcée. La nature du rapport qui unit ces différens alcalis se précisa peu à peu. L’ammoniaque ordinaire est formée de trois atomes d’hydrogène unis à un seul atome d’azote ; mais un radical complexe jouant le rôle d’un atome simple peut venir remplacer un des atomes d’hydrogène. On obtient ainsi une série d’ammoniaques composées dont la molécule offre une structure analogue et que l’on peut rapporter à un même type. L’analyse des ammoniaques composées est principalement due à M. Wurtz. Il montra en 1849 que l’éthylamine est une ammoniaque dans laquelle le radical éthyle (C2H5) est substitué à un atome d’hydrogène. Bientôt même on prépara la diéthylamine et la triéthylamine, où le radical éthyle remplace de même deux et trois atomes d’hydrogène. Le type des ammoniaques était ainsi établi sur une base tout à fait solide [1], car il était facile de faire pour une foule d’alcaloïdes ce qui réussissait pour les bases éthylées. On remarquera que la conception du type, telle qu’elle se formulait dans ce premier exemple, réunissait l’idée des substitutions et celles des radicaux ou des noyaux. On remarquera aussi que, pour adopter la notion qui résultait de cette sorte de synthèse, Gerhardt était obligé de renoncer au point de vue rigoureusement unitaire auquel il s’était d’abord placé : non-seulement les radicaux conservaient dans la molécule leur groupement spécial ; mais l’idée même des types comportait celle d’un arrangement intérieur propre à être manifesté par les formules. Aussi Gerhardt fut-il amené à se départir de ce système de notations en bloc qu’il avait adopté avec tant de raideur dans le Précis de chimie organique.

L’eau vint fournir le second type qui se dessina d’une façon précise dans la théorie nouvelle. Deux atomes d’hydrogène unis à un, atome d’oxygène forment la molécule de l’eau. Vers 1851, M. Williamson montra que l’alcool et l’éther peuvent être rapportés à ce

  1. En raison de l’importance qui s’attache à cette notion des types, on nous permettra d’écrire ici les formules qui marquent la parenté de l’ammoniaque ordinaire et des ammoniaques éthylées :
    Az H - H - H Ammoniaque
    Az C2H5 - H - H Éthylamine
    Az C2H5 - C2H5 - H Diéthylamine
    Az C2H5 - C2H5 - C2H5 Triéthylamine


    Cet exemple montre ce qu’il faut entendre par un type ; il éclairera ce que nous avons à dire sur ce sujet.