Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 84.djvu/642

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choses, personne n’est lésé. En définitive, ce ne sont pas des médailles qu’on veut avoir pour les déposer dans un musée ; on veut un instrument d’échange qui ait la même puissance. Toute la question est donc de prouver que, malgré la diminution de poids remplacée par un droit de monnayage, la livre sterling a toujours la même valeur. Et quant aux déclarations législatives relatives au maintien du poids et de la finesse du métal servant de monnaie, on oublie, comme l’a très bien fait remarquer dans une lettre adressée à l’Economist un homme très compétent, M. Hendriks, que depuis l’année 1696, à laquelle on fait remonter la première de ces déclarations, il y a eu en Angleterre six changemens dans le type monétaire, savoir : en 1717 pour introduire l’étalon d’or à côté de l’étalon d’argent, qui seul existait en 1696, — en 1774 pour rendre impossible l’emploi de la monnaie d’argent dans les paiemens au-delà d’une somme de 25 livres sterling, — en 1783 pour remettre les deux métaux sur le pied d’égalité, — en 1797 quand les banknotes eurent cours forcé, — l’année suivante pour subordonner de nouveau l’argent à l’or, — enfin en 1817, où l’on consacra définitivement l’étalon d’or unique en abaissant le poids de l’argent de près de 3 pour 100, et en le condamnant à n’être plus qu’une monnaie d’appoint jusqu’à concurrence de 2 livres sterling.

On peut ajouter encore que dans une période qui s’étend de 1670 à 1718 l’or monnayé lui-même fut abaissé, comme poids, d’environ 2 pour 100. Par conséquent on se trompe sur la valeur de ces déclarations ; elles n’avaient pas pour but d’empêcher les modifications que le temps rendrait nécessaires, mais tout simplement de mettre obstacle à ces pratiques scandaleuses du moyen âge, par lesquelles des rois peu scrupuleux falsifiaient les monnaies en vue de se créer des bénéfices illicites. Si la thèse de lord Overstone était vraie, on aurait eu tort dans le passé de faire ce qu’on a fait, on aurait dû s’en tenir à l’étalon d’argent de 1696, et ceux, qui, pour des contrats de rente ayant pris leur origine à cette époque et dont les effets durent encore, reçoivent aujourd’hui des souverains d’or au lieu de la monnaie d’argent qu’ils avaient en vue lorsqu’ils contractèrent, seraient assurément frustrés dans leurs droits. Cependant qui oserait le soutenir ? — Il faudrait aussi ne plus jamais rien changer à ce qui existe, repousser toute amélioration sous prétexte qu’elle serait contraire aux prévisions d’un contrat ; en un mot, ce serait la doctrine de l’immobilité absolue. La monnaie est établie pour l’utilité commune, c’est un instrument d’échange qu’on s’applique de jour en jour à perfectionner ; si on trouve un perfectionnement qui ne lèse aucun intérêt, on ne peut pas se laisser arrêter par des formules judaïques comme celle de lord Overstone.